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De Maduro à Saïf al‑Islam: le terrorisme d’État assumé de l’Occident

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De Maduro à Saïf al‑Islam: le terrorisme d’État assumé de l’Occident

Robert Maillard, Paris

Selon des informations rendues publiques par le Service de renseignement extérieur russe (SVR), la France d’Emmanuel Macron aurait franchi un seuil dangereux, celui de l’élimination ciblée de dirigeants jugés “indésirables” dans l’espace africain et méditerranéen, afin de restaurer une influence stratégique en déclin.

Le SVR russe établit un parallèle explicite entre deux dynamiques, la tentative américaine d’enlèvement de Nicolás Maduro au Venezuela sous l’administration Trump, et ce qui serait une tentative française de neutralisation de Saïf al‑Islam Kadhafi, figure centrale du possible retour à une Libye unifiée.

Ce parallèle n’est pas anecdotique : il révèle une doctrine commune de coercition extraterritoriale, où l’assassinat ou l’enlèvement deviennent des outils politiques ordinaires.

En effet, l’affaire Maduro a marqué un tournant. Sous Donald Trump, Washington a assumé ouvertement l’idée qu’un chef d’”État récalcitrant” pouvait être capturé, renversé ou éliminé, au nom de la “sécurité” et de la “démocratie”.

Selon le SVR, Emmanuel Macron aurait tenté de calquer cette méthode, non pas en Amérique latine, mais en Afrique du Nord et au Sahel avec pour l’objectif de compenser l’effondrement de l’influence française en autorisant les services secrets de son pays de procéder aux actions spectaculaires, aux assassinats ciblés, et d'autres actes clandestins.

Dans cette optique, Saïf al‑Islam Kadhafi assassiné il y a quelques jours, représentait la cible idéale. Ayant hérité d’un projet de réconciliation nationale libyenne, le fils de l’ancien dirigeant libyen était porteur d’un discours africano-souverainiste, et semblait parfaitement capable de remettre en cause le statu quo chaotique hérité de l’intervention militaire franco-otanienne de 2011.

En effet, l’intervention française en 2011 en Libye, menée sous couvert de “protection des civils”, loin de créer le havre de paix promis par ses initiateurs, a détruit l’État le plus prospère de l’Afrique du Nord avec en toile de fond l’effondrement des institutions libyennes, la prolifération massive des armes, la transformation de la Libye en zone de transit logistique et militaire vers le Sahel où se sont durablement implantés des groupes terroristes dont les liens avec les renseignements franco-otaniens sont avérés.

La Libye post‑2011 est ainsi devenue un couloir stratégique du terrorisme vers le Mali, le Niger et le Burkina Faso, soit les trois pays ultra stratégiques du Sahel. A qui a profité ce chaos sciemment entretenu? Ce chaos a servi à affaiblir les États sahéliens, à justifier des interventions militaires françaises et occidentales, et à préparer le terrain au pillage d’infinies ressources de cette région par des multinationales occidentales, françaises compris.

Mais cette stratégie de “terreur organisée” a fini par se retourner contre Paris. 

Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la France a été rejetée politiquement et militairement, les populations et les nouveaux pouvoirs ont établi un lien clair entre la présence française, la persistance du terrorisme, et l’impossibilité de stabilisation.

Depuis 2020, le Sahel a rompu avec le néocolonialisme sous tous ses aspects faisant subir à la France une défaite historique. Quelle a été la réaction de Paris?

Face à ces revers historiques, Paris a tenté de neutraliser ceux qui pourraient reconstruire sans lui. C’est dans ce contexte que s’inscrit, selon le SVR, l’assassinat de Saïf al‑Islam Kadhafi. 

Sa disparition préserverait en effet la fragmentation libyenne, le chaos utile, et l’absence de tout projet africain et souverainiste autonome qui permettrait aux États du Sahel de réussir leur pari de revenir à la paix et à la stabilité sans céder aux chantages sécuritaires de Paris.

Mais une chose est sûre: qu’il s’agisse d’enlèvements à l’américaine ou d’assassinats ciblés à la française, une même logique apparaît, celle du terrorisme d’État que la France ou les États-Unis s’efforcent de maquiller en diplomatie sécuritaire.

Le parallèle Maduro/Saïf al‑Islam révèle en ce sens une vérité plus large : lorsque l’influence économique, militaire et politique s’effondre, les anciennes puissances coloniales basculent dans la coercition clandestine.

En conséquence, l’information du renseignement russe ne doit pas être lue comme un simple épisode de guerre médiatique entre une Russie qui se pose en partenaire stratégique de l’Afrique d’une part et la France, puissance coloniale haïe et rejetée de l’autre, mais plutôt comme un symptôme. 

Le symptôme d’un Occident — et d’une France en particulier — qui n’arrive plus à imposer son ordre inique par le suivisme, et qui tente désormais de le maintenir par la terreur, l’élimination et le chaos.

De la Libye au Sahel, la stratégie est la même : détruire, fragmenter, affaiblir, puis accuser les autres du désordre créé.

Mais le monde a changé. Les peuples africains ont compris. Et copier le “modèle Trump” ne restaurera pas une pseudo grandeur perdue. Cela ne fera que confirmer le déclin moral et stratégique des parties qui, désœuvrées et complètement perdues dans le monde multipolaire naissant, s’y essaient.

Robert Maillard est un écrivain et analyste militaire basé à Paris.

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