L'ECOLE D'AHL - UL - BAYT: PREMIERE DES CINQ ECOLES JURIDIQUES MUSULMANES

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L'ECOLE  D'AHL - UL - BAYT:      PREMIERE DES CINQ ECOLES JURIDIQUES MUSULMANES
  L'ECOLE  D'AHL - UL - BAYT: 
    PREMIERE DES CINQ ECOLES JURIDIQUES MUSULMANES

Mo'assasat al-Balâgh 
Titre original (en arabe) : Ahl-ul-Bayt

Traduit de l'arabe et édité par 
Abbas AHMAD al-Bostani

PUBLICATION DE LA CITÉ DU SAVOIR 
 

Éditeur: 
La Cité du Savoir 
Abbas AHMAD al-Bostani 
C.P. 712 Succ. (B) Montréal, Qc., H3B 3K3 
Canada

Tous droits de traduction, de reproduction et 
d'adaptation réservés pour tous pays

© Tous droits réservés à 
Abbas Ahmad al-Bostani 
ISBN : 2-9505157-3-8


  QUI SONT LES AHL-UL-BAYT ? 
«O vous les Ahl-ul-Bayt [les Gens de la Maison du Prophète] ! Allah veut seulement éloigner de vous la souillure, et vous purifier totalement.» Le Coran, Sourate al-Ahzâb, 33 : 33

Le Saint Prophète a dit : 
«Je suis sur le point d'être rappelé [par Allah] et de répondre [à ce Rappel]. Je vous laisse les Deux Poids [al-Thaqalayn] : le Livre d'Allah, et ma Famille, les Gens de ma Maison. Celui Qui est Doux [Allah] m'a informé qu'ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils reviennent vers moi près du Bassin [le Jour du Jugement]. Regardez donc bien comment vous les traiterez après moi.» Cité par Ahmad ibn Hanbal

Qui sont donc ces Ahl-ul-Bayt, que le Saint Prophète lie indissociablement au Noble Coran, et laisse comme legs aux Musulmans jusqu'au Jour du Jugement ? Pourquoi Allah les a-t-IL purifiés, à l'exclusion de tout autre ? Les Musulmans ont-ils bien saisi le sens du Message ou du Testament de leur Prophète, et de la Volonté d'Allah concernant les Ahl-ul-Bayt ? Ont-ils réservé dans leur pratique de l'Islam la place que leur avaient réservée le Noble Coran et le Saint Prophète ?

Tant que l'on n'aura pas compris quel est le rôle que les Ahl-ul-Bayt avaient à jouer dans la Direction de l'Appel Islamique après la disparition du Prophète, on ne comprendra pas la situation actuelle dans laquelle se trouvent les Musulmans 


Table des Matières

 Introduction 5

Ahl-ul-Bayt dans le Saint Coran 43 
-Le Verset de Tat-hîr (la Purification) 44 
-Le Verset de Mawaddah 49 
-Le Verset de Mubâhalah 56 
-Le Verset de Çalât 62 
-La Sourate al-Insân 65 
-Quelques-uns des Versets coraniques concernant Amîr al-Mu'minîn 'Alî ibn Abî Tâlib 69 
-Le Verset de la Wilâyah 70 
-Autres Versets 72

Ahl-ul-Bayt dans la Sunnah du Saint Prophète 76 
-Hadith al-Thaqalayn 80 
-Hadith al-Safînah 86 
-Hadith al-Amân min al-Ikhtilâf 89 
-Hadith al-Kisâ' 90 
-Hadith al-Mawaddah 92 
-Quelques-uns des autres hadith concernant les Ahl-ul-Bayt 93

Le Saint Coran vu par les uléma de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt 99 
Le Saint Coran dans les récits des Ahl-ul-Bayt 111

Les bases de la compréhension et du Tafsîr du Saint Coran 117 
-La Méthode du Tafsîr du Saint Coran 119

La Sunnah du Saint Prophète dans l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt 125 
-Les différentes parties de la Sunnah du Prophète 132 
-La méthode de vérification et de preuve 133

Les Imams d'Ahl-ul-Bayt, rapporteurs du Hadith du Prophète 137 
L'Unicité - "Tawhîd" dans l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt 155 
La Justice Divine et l'explication de la conduite humaine 165 
Les Ahl-ul-Bayt et les groupuscules égarés 175 
Les principes de l'éducation des Ahl-ul-Bayt 185 
Le rôle politique des Ahl-ul-Bayt 189

La méthode d'action politique des Ahl-ul-Bayt 191 
-Eduquer la Ummah 191

Le boycottage des gouvernants qui s'écartent de la Ligne de l'Islam 195 
Le soulèvement, le soutien aux révoltés et l'usage de la force 198 
La résistance politique 203 
Regard sur les Ecoles Juridiques Musulmanes 213 
Les Musulmans : une Communauté unique 225

Annexes 241

Annexe 1 : Ayat Tat-hîr (Verset de la Purification) 243 
Annexe 2 : Ayat Mawaddah (Verset de l'Amour) 257 
Annexe 3 : A propos de ceux qui ont nourri l'indigent, l'orphelin et le captif 261 
Annexe 4 : Verset de la Wilâyah 264

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INTRODUCTION 
L'Islam signifie "soumission" [à Allah], et le Musulman est celui qui se soumet à la Loi Divine et qui s'y conforme dans tous ses actes et dans tous les aspects de sa vie individuelle et sociale, cultuelle et matérielle.

La Loi Divine est constituée du Saint Coran et des Traditions du Prophète (Ç). Après la disparition du Messager d'Allah, ses Successeurs, ses Compagnons puis les Jurisconsultes se sont chargés d'expliquer, de préciser, de détailler et d'interpréter la Chari'ah (la Loi islamique) et de définir ses applications. Des divergences apparurent, pour diverses raisons, dans l'interprétation de la Loi islamique, qui donnèrent naissance à des Ecoles juridico-religieuses ou rites (en arabe "Math-hab", pl. "Mathâhib") dont chacune a ses adeptes qui suivent ses interprétations de la Loi et qui s'y conforment.

De nos jours, on peut dire que, à l'échelle universelle, les Musulmans des quatre coins du monde sont partagés entre cinq principales Ecoles juridico-religieuses. Il existe d'autres Ecoles juridiques musulmanes, mais elles ont plutôt un caractère local ou régional.

1- L'Ecole d'Ahl-ul-Bayt, c'est-à-dire les Ja'farites, ou Chi'ites Imamites (Duodécimains) dont le précurseur est l'Imam 'Alî ibn Abî Tâlib (S) -décédé en l'an 40 de l'Hégire- et le fondateur est l'Imam Ja'far al-Çâdiq (S) -décédé en 148 H.

2- L'Ecole Hanafite, dont le fondateur est No'mân ibn Thâbit, dit Abû Hanîfah -décédé en 150 H.

3- L'Ecole Mâlikite, dont le fondateur est Mâlik ibn Anas -décédé en 179 H.

4- L'Ecole Châfi'îte, dont le fondateur est al-Châfi'î (Muhammad ibn Idrîs) -décédé en 204 H.

5- L'Ecole Hanbalite, dont le fondateur est Ahmad ibn Hanbal -décédé en 241 H.

Ainsi, chaque Musulman suit, selon son appartenance, les règles de l'une de ces cinq Ecoles, pour s'acquitter de ses devoirs religieux individuels et sociaux et pratiquer ses actes cultuels ('Ibâdât).

Et au gré des événements et des circonstances historiques, chacune de ces Ecoles se trouve aujourd'hui dominante dans des zones géographiques plus ou moins déterminées.

Mais de nos jours, lorsqu'on parle des Musulmans et de leur appartenance, on constate qu'au lieu de se référer à ces cinq Ecoles juridiques -qui cherchent toutes, et chacune selon la méthodologie et la voie qui lui sont propres, à conduire leurs adeptes respectifs vers le même but, les Sources de la Loi islamique- on évoque de plus en plus deux "Islams", l'"islam sunnite" (qui regroupe les quatre dernières des cinq Ecoles précitées, et l'"islam chi'ite", comme s'il y avait deux Communautés musulmanes (Ummah) distinctes qui s'opposeraient et se rejetteraient et dont chacune se voudrait le représentant de l'Islam authentique, à l'exclusion de l'autre.

Pourtant tous les Musulmans avertis, sans distinction de rite, croient pertinemment et unanimement que l'Islam ne peut constituer qu'une "Communauté unique" (Ummah), conformément à l'affirmation du Noble Coran, auquel ils sont tous solidement attachés, et qui dit : «Cette Communauté qui est la vôtre est une Communauté unique, et JE suis votre Seigneur.» 
(Sourate al-Anbiyâ', 21 : 92)

En outre, cette division de la "Communauté unique" qui prend parfois la forme d'une rupture et d'une cassure au sein de la Ummah est d'autant plus injustifiable, infondée et artificielle que tous les Musulmans, Chi'ites et Sunnites confondus, ont pour l'essentiel les mêmes Croyances et les mêmes pratiques.

Ils croient tous :

- en Allah L'Unique et sans associé ;

- en l'Islam comme leur Religion ;

- au Saint Prophète Muhammad ibn 'Abdullâh (Ç) comme étant le Sceau des Prophètes ;

- au Noble Coran (dans sa version unique et inchangée depuis sa Révélation) et aux Traditions du Prophète (sa Sunnah), comme étant les deux Sources de la Loi islamique (la Chari'ah) ;

- ils accomplissent, tous, les cinq Prières quotidiennes obligatoires;

- ils observent, tous, le Jeûne du mois de Ramadhân, comme une obligation;

- ils font, tous, le Pèlerinage à La Mecque, dès qu'ils en ont la possibilité et les moyens ;

- ils s'acquittent tous de la Zakât (impôt islamique) ;

- ils croient, tous, que ce que le Prophète a interdit est illicite pour eux, et que ce qu'il a autorisé est licite pour eux, et ce jusqu'au Jour de la Résurrection ;

- ils considèrent, tous, les serviteurs pieux qui se sont distingués par leurs hautes vertus et leur dévouement à Allah et à Son Prophète comme des Maîtres qui méritent respect et vénération, et que ceux qui ont fait montre de leur hostilité envers Allah et Son Prophète sont leurs ennemis;

- ils croient enfin, tous, que le Jour du Jugement viendra immanquablement.

Certes, en dehors et en marge de ces Croyances et pratiques fondamentales, il y a des divergences entre Chi'isme et Sunnisme sur de nombreux points, concernant notamment les branches de la Religion, c'est-à-dire des questions secondaires, et d'autres fondamentales, mais ces divergences ne sauraient estomper l'essentiel qui les unit, et elles ne peuvent ni expliquer ni justifier une telle cassure entre eux, car ces divergences existent au même degré, au sein du Sunnisme, entre ses quatre Ecoles juridiques.

Prenons quelques exemples, choisis au hasard parmi des milliers d'autres, pour illustrer ces divergences entre les quatre Ecoles dites "sunnites" (Hanafite, Mâlikite, Châfi'îte, Hanbalite).

En ce qui concerne le fait de parler pendant la Prière:

- Pour les Châfi'îtes et les Mâlikites, si l'on parle par inadvertance, et que cette parole est si brève que la forme de la Prière reste intacte, celle-ci est valable ;

- Les Hanafites et les Hanbalites disent, par contre, que toute parole étrangère à la Prière et prononcée pendant celle-ci, que ce soit volontairement ou involontairement, invalide ladite Prière(1).

Autre exemple : que doit faire le Musulman si, au moment de la Prière, il ne dispose que d'un seul vêtement pour couvrir a nudité, et que ce vêtement soit impur (najîs)?

- Les Hanbalites disent qu'il doit accomplir la Prière avec le vêtement impur, mais devra la refaire lorsqu'il disposera d'un vêtement pur.

- Les Mâlikites disent qu'il accomplit la Prière avec ce vêtement impur et n'aura pas à la refaire.

- Les Hanafites et les Châfi'îtes disent : il doit accomplir la Prière tout nu, et il est interdit de porter un vêtement impur pendant la Prière, quelles que soient les circonstances(2).

Un autre exemple : le lieu de la Prière.

- Les Hanafites disent que le lieu de la Prière doit être immobile, et que l'on ne peut pas accomplir la Prière sur une monture ni sur une balançoire, sauf cas de force majeure.

- Les Châfi'îtes, les Mâlikites et les Hanbalites affirment que la Prière est correcte dans un lieu qui n'est pas immobile si l'on parvient à l'accomplir complètement et en remplissant toutes les conditions requises(3).

D'autres exemples encore :

Mâlik (les Mâlikites) autorise la consommation de la viande de chien, les Hanbalites, les Châfi'îtes et les Hanafites non.

- Les Châfi'îtes autorisent la consommation de la viande de loup et de renard, alors que les Hanafites l'interdisent.

- Les Hanafites, les Châfi'îtes et les Mâlikites disent qu'il n'est pas obligatoire (mais seulement recommandé) de réciter le "Tasbîh" (Invocation d'Allah) pendant le Rukû' (l'Inclination, une des positions de la Prière), alors que les Hanbalites affirment que le "Tasbîh"est obligatoire(4).

Et ainsi de suite...

Si l'on examine maintenant de la même façon n'importe quelle question religieuse selon les points de vue respectifs des cinq Ecoles juridiques de l'Islam (Sunnisme et Chi'isme confondus), on voit apparaître entre elles les mêmes rapports de divergence et de convergence qui séparent ou rapprochent les quatre Ecoles sunnites, ce qui confirme le caractère totalement artificiel de la division entre Sunnisme et Chi'isme. Prenons quelques exemples à titre d'illustration.

- Les Chi'ites (ou du moins un grand nombre d'entre eux), les Hanbalites et les Châfi'îtes disent que la 'Omrah (Pèlerinage mineur) est obligatoire pour quiconque a les moyens et la possibilité de l'accomplir.

- Les Hanafites et les Mâlikites la considèrent comme recommandée seulement(5).

- Les Chi'ites et les Mâlikites définissent les lochies (Dam al-Nifâs) comme étant le sang qui s'écoule de la matrice en même temps que l'expulsion du nouveau-né, ou après, mais pas avant.

- Les Hanbalites définissent les lochies comme étant le sang qui sort de la matrice en même temps, après ou avant (jusqu'à deux à trois jours) l'expulsion du nouveau-né.

- Les Châfi'ites les considèrent comme étant le sang qui sort après la naissance seulement, mais ni avant, ni en même temps.

- Les Hanafites définissent les lochies comme le sang qui sort après la naissance, ou lors de l'expulsion de la partie majeure du nouveau-né, mais qu'en ce qui concerne celui qui sort avant l'expulsion de l'enfant ou pendant celle de la partie mineure, il ne s'agit pas de lochies(6).

Un autre exemple encore, concernant la forme obligatoire de l'Inclination (pendant la Prière) :

- Les Hanafites affirment que l'on peut s'incliner n'importe comment, et à n'importe quel degré.

- Les Chi'ites, les Hanbalites, les Mâlikites et les Châfi'îtes disent qu'il faut s'incliner jusqu'à ce que les paumes des mains atteignent le niveau des genoux, et que l'on doit marquer un temps de stabilité dans cette position(7).

Par ailleurs, les différends et les divergences entre les Ecoles "sunnites" touchent parfois des questions plus fondamentales et dépassent les divergences entre "Sunnisme" et "Chi'isme". Ainsi, certaines de ces Ecoles considèrent l'Analogie (Qiyâs) comme l'une des Sources de la Chari'ah, et qualifient d'impie quiconque la renie, alors que d'autres Ecoles, toujours au sein même du "Sunnisme", assimilent cette même Analogie à une forme d'impiété. Et lorsqu'on se réfère à l'histoire des conflits entre ces Ecoles "sunnites", on rencontre des périodes où les différends entre elles atteignirent un tel degré de gravité et de tension que les Savants religieux (uléma) de certaines d'entre elles sont allés jusqu'à décréter l'interdiction du mariage avec les adeptes d'autres Ecoles "sunnites".

Mais, fait significatif, ces divergences et ces différends entre les Ecoles sunnites, malgré leur gravité, n'ont jamais pris la forme d'une rupture constante comparable à celle qui semble marquer la division entre le "Sunnisme" et le "Chi'isme". Pourquoi ?

Il faut chercher les motifs de la division de la "Communauté unique" dans des facteurs non pas religieux ou doctrinaux, mais plutôt politiques et relatifs à l'exercice du pouvoir, si l'on veut comprendre cette rupture -anormale- entre "Sunnisme" et "Chi'isme". Ces facteurs sont au nombre de deux :

1- La Succession du Prophète à la tête de l'Etat islamique.

On sait, d'après de nombreux hadith authentiques (comme on va le voir dans ce livre) que le Prophète, après avoir éduqué l'Imam 'Alî et après lui avoir assuré une formation spécifique concernant la Chari'ah, l'a désigné pour lui succéder, afin qu'il poursuive son oeuvre d'éducation des Musulmans et d'explication de la Loi islamique, et afin qu'il transmette cette tâche à leurs Descendants successifs communs(8), jusqu'au douzième Imam d'Ahl-ul-Bayt.

Mais la revendication par les Ahl-ul-Bayt de la Succession légitime du Prophète leur a valu d'être systématiquement écartés du pouvoir, persécutés, combattus, dénigrés et mis au ban de la société par les différentes dynasties califales, qui les considéraient comme une menace pour leur pouvoir et leur autorité, et qui n'hésitèrent pas à tout mettre en oeuvre pour empêcher la diffusion de leurs Enseignements et des hadith du Prophète qu'ils transmettaient directement de père en fils.

2- L'exigence de la Justice comme qualité requise pour le gouvernant.

Le deuxième facteur politique relatif au pouvoir, et qui explique la séparation artificielle entre l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt (les Chi'ites) et les quatre Ecoles juridiques sunnites, est le fait que les Chi'ites se distinguent par leur position tranchée et leur intransigeance en ce qui concerne la qualité de "Justice" chez tout gouvernant. Bien plus, ils exigent de tout dirigeant musulman, qu'il soit gouvernant, imam de Prière, Compagnon ou "mujtahid" (Jurisconsulte), d'être intègre et juste. Or personne n'ignore que les gouvernants qui se sont succédés à la tête de l'Etat islamique depuis les Omayyades jusqu'aux Ottomans, en passant par les Abbassides, et qui ont accédé au pouvoir beaucoup plus par voie héréditaire ou appartenance clanique, ou par la force de l'épée, qu'en raison de leurs qualités religieuses, étaient loin de remplir, tous, cette exigence de justice, de piété, et d'intégrité.

En outre, ils étaient moins soucieux d'appliquer ce principe de Justice que de se maintenir au pouvoir. Aucun de ces gouvernants ne pouvait oublier comment l'Imam al-Hussayn, le "Maître de la Jeunesse du Paradis" (selon un hadith que l'on verra dans ce livre) et petit-fils du Prophète, n'avait pas hésité à sacrifier sa vie et celle des siens en rappelant aux Musulmans ce célèbre hadith du Messager d'Allah en guise d'appel au Soulèvement contre l'injustice, la corruption et la débauche de Yazîd :

«O Musulmans ! s'était écrié l'Imam al-Hussain. Le Messager d'Allah a dit : "Quiconque voit un gouvernant injuste qui rend licite ce qu'Allah a interdit, qui dévie de la Sunnah du Messager d'Allah, qui agresse les Musulmans et qui commet des péchés contre eux, sans s'opposer à ce gouvernant ni en paroles, ni en actes, Allah lui réserve obligatoirement le même traitement qu'il réserve audit gouvernant !".»

Aucun de ces gouvernants ne pouvait non plus oublier les nombreux soulèvements, tels celui de Zayd ibn 'Alî(9) et celui d'al-Nafs "al-Zakiyyah"(10), parmi bien d'autres qui suivirent la Révolution d'al-Hussayn et qui mirent à rude épreuve les autorités califales.

Les différentes dynasties califales voyaient donc, et à juste raison, dans la Doctrine chi'ite dont l'Imam al-Hussayn constituait l'un des principaux symboles, une menace potentielle permanente pour leur règne, étant donné que la Justice ne rimait pas toujours avec les impératifs d'un pouvoir auquel elles n'avaient pas accédé forcément par des moyens légaux et selon des critères islamiques authentiques. Ne pouvant pas combattre la Doctrine chi'ite sur ce point -la Justice comme qualité requise pour un gouvernant- qui était, et qui est toujours malgré tout souhaité par tous les courants de l'Islam, même si elle n'est pas considérée comme obligatoire par tous, les autorités califales -qui maintenaient sous leur surveillance et leur contrôle les activités jurisprudentielles des courants et Ecoles juridiques- ont tout fait pour que soit dénigrée la Doctrine chi'ite dans son ensemble, en lui attribuant perfidement des croyances hérétiques professées par des sectes extrémistes et dissidentes que les Chi'ites et leurs Dirigeants étaient pourtant les premiers à dénoncer comme impies. Ils voulaient ainsi mettre l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt au ban de la Communauté et l'écarter des autres Ecoles juridiques qui ne représentaient pas un danger réel pour le régime en place, car elles n'avaient pas les mêmes positions politiques que les Chi'ites.

Cette campagne de dénigrement menée sans relâche par le pouvoir et certaines "autorités religieuses" complices ou dociles fut constante tout au long du règne des différentes dynasties califales, car même lorsqu'il se trouvait parmi les califes certains, comme al-Ma'mûn, qui n'étaient pas hostiles à la Doctrine chi'ite en général, ils encourageaient malgré tout, ou du moins laissaient faire, la campagne de dénigrement dont faisait l'objet l'Ecole chi'ite, car la position particulière du Chi'isme en ce qui concerne la Succession du Prophète d'une part, et d'autre part la qualité de Justice exigée du gouvernant, constituait quand même une menace en puissance contre leur propre pouvoir.

Ainsi écartés du pouvoir, réprimés, combattus sévèrement par lui, et victimes d'une campagne systématique de diffamation et de désinformation menée des siècles durant, sans jamais disposer des mêmes moyens que les autorités califales pour faire connaître aux masses musulmanes leurs points de vue et leurs thèses, les Chi'ites se trouvèrent peu à peu mis à l'écart des autres courants islamiques, alors que leur Doctrine dans son ensemble et pour l'essentiel ne justifiait pas, comme nous avons pu nous en apercevoir, une telle séparation.

Il s'en est suivi que de nombreux Musulmans, éloignés des adeptes du Chi'isme et de leurs Enseignements, étaient, et sont toujours d'ailleurs, réduits à dire tout et n'importe quoi à l'appui des rumeurs propagées à propos de cette Doctrine qui, pourtant, depuis ses manifestations embryonnaires (11) à l'époque du Prophète et dans les milliers de livres que ses représentants ont publié à travers les siècles, n'a cessé de prêcher la nécessité de s'en tenir strictement aux Commandements de la Loi islamique, dont les deux seules Sources incontestables sont le Saint Coran et la Noble Sunnah du Prophète.

Le Sunnisme et le Chi'isme : deux termes pour une même signification.

L'une des conséquences de cette campagne séculaire de désinformation contre le Chi'isme et de cette opposition artificielle et exagérée entre les deux ailes de la "Communauté unique", la Ummah, est la dénaturation de la signification de l'appellation même du couple opposé : "Sunnisme - Chi'isme", qui constitue en fait une aberration et qui crée la confusion dans les esprits. En effet, un grand nombre de Musulmans non avertis ont tendance à croire que le Chi'isme est la doctrine des Partisans (Chi'ites) de l'Imam 'Alî, par opposition au "Sunnisme", qui désignerait les adeptes de la Sunnah (Tradition du Saint Prophète), ce qui pourrait laisser entendre qu'il y aurait une opposition entre l'Imam 'Alî ou ses Partisans et la Sunnah du Prophète... Or, si l'on se réfère à la réalité historique de la naissance du Chi'isme et du Sunnisme et de leur développement, on constate sans l'ombre d'un doute que la vérité est tout autre et que l'opposition ainsi comprise entre les deux termes est une contre-vérité et un non-sens. Car, comme l'a bien démontré Son Eminence Sayyed Mohammad Bâqir al-Çadr dans sa recherche(12) objective et fondée sur des références qui font autorité parmi tous les courants juridiques de l'Islam, il y avait du vivant du Prophète et autour de lui deux tendances parmi les Compagnons :

1- Une tendance qui croyait au culte(13) et à l'arbitrage de la Religion, et à l'acceptation absolue du Texte(14) religieux dans tous les aspects de la vie.

2- Une tendance qui croyait que la foi en la Religion n'exige du Musulman qu'un culte limité à certains actes de piété et à certains aspects de l'Islam - relevant du Mystère (Ghayb). En dehors de ce cadre limité, cette tendance croyait à la possibilité de "l'opinion personnelle" dans les autres domaines de la vie et, par conséquent, à la légitimité de changer ou de modifier le Texte religieux selon l'intérêt du moment et des circonstances de la situation(15).

«Bien que les Compagnons -en leur qualité d'avant-garde pieuse et éclairée- aient constitué la meilleure et la plus saine des graines pour l'engendrement d'une Nation missionnaire (...) il faut reconnaître qu'il y avait dans leurs rangs un large courant -du vivant du Messager- qui tendait à préférer le jugement personnel [ijtihâd] dans l'appréciation de l'intérêt [de la Ummah]... opposé à un autre courant qui croyait à l'arbitrage de la Religion, à la nécessité de se soumettre à elle et d'observer d'une façon scrupuleuse et absolue tous ses Textes, dans tous les domaines de la vie.

«Sans doute, l'un des facteurs de l'adhésion de la majorité des Musulmans au courant de "l'opinion personnelle" réside-t-il dans la tendance naturelle de l'homme à agir selon l'intérêt qu'il pressent et apprécie lui-même, et non pas conformément à une décision dont il ne comprend pas le sens.»(16)

Le Compagnon qui incarnait la tendance de l'observance absolue de tout le Texte (le Saint Coran et la Sunnah du Saint Prophète) était l'Imam 'Alî, alors que le Compagnon le plus représentatif de la tendance qui admettait "l'opinion personnelle" et qui «se permettait de discuter les décisions du Saint Prophète et de donner un avis personnel qui n'allait pas toujours dans le sens du Texte, étant convaincu qu'il pouvait s'arroger ce droit»(17) était 'Omar ibn al-Khattâb.

L'incident qui illustre le mieux cette opposition entre les deux tendances est celui que rapporte al-Bokhârî, entre bien d'autres, et selon lequel un jour, alors que le Prophète était allongé sur son lit d'agonie en présence d'un bon nombre de Compagnons, il demanda qu'on lui apporte de quoi écrire son testament : «Laissez-moi vous écrire une lettre de conduite qui vous évitera de vous égarer.» 'Omar ibn al-Khattâb dit alors aux gens présents : «Le Prophète est emporté par la souffrance(18). Vous avez le Coran. Nous pouvons nous contenter du Livre d'Allah !» A ce moment-là, un différend et une dispute éclatèrent entre les Compagnons. Les uns disaient: «Laissez le Messager d'Allah vous écrire une lettre qui vous évitera de vous égarer», les autres se rangeaient à l'avis d''Omar. Lorsque la dispute s'intensifia, le Prophète, excédé, leur dit: «Allez-vous en !»(19)

Mohammad Bâqir al-Çadr cite plusieurs exemples où les représentants de la tendance de "l'opinion personnelle", et notamment 'Omar ibn al-Khattâb, ont contesté certaines décisions du Prophète, comme lors de la conclusion du Traité de Hudaybiyyah(20), ou de la nomination du jeune Osâmah ibn Zayd(21) au commandement de l'armée musulmane à la veille du décès du Prophète, etc.

Cette attitude tendant à prendre une certaine liberté avec les stipulations explicites ou implicites du Texte, adoptée par les tenants de la tendance de "l'opinion personnelle" se poursuivra après le décès du Prophète et lorsque les représentants de cette tendance accéderont au califat.

Les exemples en sont trop nombreux pour être cités ici. Citons seulement, à titre d'illustration, la déclaration publique que le "Calife Bien-Dirigé" 'Omar ibn al-Khattâb fera un jour, pendant son califat, du haut de sa chaire:

«Deux mut'ah étaient en cours à l'époque du Prophète, et moi je les prohibe et je punis quiconque les pratique : le "Mut'at al-Hajj" et le "Mut'at al-Nisâ'"(22)

L'opposition et le différend entre les deux tendances prirent corps et éclatèrent au grand jour après le décès du Prophète et à propos de sa Succession à la tête de l'Etat islamique. Alors que la tendance de "l'observance stricte du Texte" estimait que cette question était déjà tranchée par le Texte, puisque le Messager d'Allah en avait confié le soin à l'Imam 'Alî à travers de nombreux hadith, notamment dans "Hadith al-Thaqalayn"(23) et dans le sermon de "Ghadîr Khom"(24), et que de ce fait les Musulmans devaient s'en tenir au Texte ou au Testament du Prophète, les tenants de la tendance de "l'opinion personnelle" se réunirent à la "Saqîfah" pour porter au califat Abû Bakr, au nom de "l'intérêt général" et en invoquant le principe de "Chûrâ".

Abû Bakr et d'autres représentants de la tendance de "l'opinion personnelle" étant devenus officiellement les chefs de l'Etat islamique et, par conséquent, l'autorité suprême islamique, leurs faits et dires sont devenus par voie de conséquence une sunnah (tradition à suivre), tout au moins pour les adeptes de cette tendance, qui seront désignés peu à peu sous l'appellation de"Sunnites", par référence à leur loyauté envers la sunnah des chefs officiels de l'Etat islamique.

Tandis que l'autre tendance, celle de "l'observance scrupuleuse du Texte" resta attachée à l'intégralité des stipulations du Texte, qui désigne (comme nous allons le voir dans les différents chapitres de ce livre) dans les deux Sources qui le représentent, à savoir la Sunnah du Prophète -explicitement- et le Noble Coran -implicitement - l'Imam 'Alî et onze de ses descendants d'Ahl-ul-Bayt (les Gens de la Maison du Prophète) comme seuls Successeurs légitimes du Prophète, ayant compétence pour expliquer et interpréter le Texte et ses applications. Les adeptes de cette tendance furent appelés les "Chi'ites (Partisans) de 'Alî", et par la suite tout simplement "Chi'ites".

Ainsi, contrairement à l'idée reçue chez de nombreux Musulmans, les "Chi'ites" ne sont les Partisans (Chi'ites) de 'Alî que parce qu'ils sont les fidèles inconditionnels de toutes les stipulations de la Sunnah du Prophète - qu'ils considèrent comme étant intouchable et sacrée- car, faut-il le rappeler, les Chi'ites sont les seuls -et à la différence des adeptes des autres Ecoles juridiques (dites sunnites) - à croire que le Prophète était infaillible (et ne pouvait donc pas avoir tort ni se tromper) non seulement depuis le début de sa Mission prophétique, mais depuis sa naissance jusqu'à sa mort.

Si donc ils se sont attachés à l'Imam 'Alî plus qu'à tout autre Compagnon, ce n'est ni par culte de sa personnalité, ni en raison d'une admiration passionnelle, qui seraient dus à ses nombreuses qualités élevées et à ses vertus, mais essentiellement parce qu'ils croient d'une part qu'il incarnait la fidélité absolue aux Traditions du Prophète, la représentation fidèle de la tendance de "l'observance absolue du Texte", et d'autre part parce qu'il avait été désigné par le Prophète pour lui succéder et pour poursuivre son oeuvre d'explication et d'interprétation de la Chari'ah.

Et, de la même façon, s'ils récusent la légitimité des représentants de la tendance de "l'opinion personnelle", c'est seulement parce qu'ils croient à l'obligation d'observer - pour tout Musulman, y compris les Compagnons - et de suivre à la lettre les stipulations de la Sunnah du Prophète, qu'ils placent au-dessus des impératifs du moment et de "l'intérêt général" conjoncturel, tels que les perçoit et les estime la tendance de "l'opinion personnelle". Car, selon une croyance des Chi'ites -fondée sur le Texte - seule l'infaillibilité du Prophète est à même de concevoir, de bien apprécier et de garantir l'intérêt général véritable de la Religion éternelle (l'Islam), et de la Ummah, à court et à long termes.

Ainsi donc, pour éviter l'aberration suscitée par les termes "Sunnites" et "Chi'ites", par lesquels on désigne les adeptes respectifs des deux courants de l'Islam qui se sont développés après la disparition du Prophète, l'un sous l'égide du pouvoir, l'autre à l'écart du pouvoir, il vaudrait mieux employer le couple "loyalistes" - "légitimistes", les loyalistes (Sunnites) étant ceux qui ont accepté l'autorité religieuse du pouvoir califal, et les légitimistes (Chi'ites) ceux qui ont considéré que la seule Autorité religieuse légitime est celle qui avait été désignée par le Prophète et représentée par les Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt (l'Imam 'Alî, suivi de onze de ses descendants).

Cette mise au point étant faite, si le "Sunnisme" veut se définir vraiment comme l'attachement à l'intégralité de la Sunnah du Prophète, l'opposition entre "Sunnisme" et "Chi'isme" n'aurait plus de raison d'être car, comme nous l'avons aperçu, la naissance et le développement de cette opposition étaient axés sur la question de l'observance absolue du Texte (le Coran et la Sunnah du Prophète) en général, et de la Sunnah du Prophète en particulier, laquelle est essentielle pour la compréhension correcte du Saint Coran et de la détermination des applications des Commandements d'Allah qui y figurent. * * * *

Ce livre a été écrit afin de permettre aux nombreux Musulmans à qui l'occasion n'a pas été offerte de connaître la vérité de l'Ecole juridique d'Ahl-ul-Bayt, et dont la seule connaissance -souvent fragmentaire et fausse- provient de vagues "on-dit", d'avoir une idée juste et correcte de cette Ecole, et de savoir qui sont les Ahl-ul-Bayt, quelles sont leurs références dans le Saint Coran et dans la Sunnah, quels sont leurs rapporteurs de hadith, et comment est née et s'est développée cette Ecole, depuis l'époque du Prophète jusqu'à nos jours.

Dans un premier chapitre, intitulé "Ahl-ul-Bayt dans le Saint Coran", ce livre s'efforce d'énumérer quelques Versets coraniques révélés à propos des Ahl-ul-Bayt, et de préciser -à l'appui des interprétations de mufassirîn (exégètes) de différentes Ecoles juridiques musulmanes, tels que al-Zamakh-Charî, al-Râzî, al-Tabarî, al-Tha'âlibî, etc.- quels sont, nommément, à part le Prophète, les personnages compris ou désignés par le terme "Ahl-ul-Bayt". Il s'applique également à montrer comment ces Versets coraniques soulignent l'infaillibilité des Ahl-ul-Bayt et commandent aux Musulmans de s'attacher à eux et de suivre leur exemple.

Dans un deuxième chapitre, "Ahl-ul-Bayt dans la Sunnah du Prophète", on découvrira -ou l'on redécouvrira- ce que le Prophète a dit à propos des "Gens de sa Famille", ainsi qu'un certain nombre de hadith célèbres concernant les "Ahl-ul-Bayt", notamment Hadith al-Thaqalayn (les deux Poids) dans lequel il associe les Ahl-ul-Bayt au Saint Coran et en fait les deux références inséparables de tout Musulman. On peut connaître dans ce chapitre surtout, les noms de tous les recueils de hadith sains (Çahîh) sunnites et chi'ites -de "Musnad Ahmad" à "Çahîh Muslim", en passant par al-Çiyûtî et al-Tirmithî- qui citent ce hadith, et ceux de tous les Compagnons du Prophète, tels qu'Abû Tharr al-Ghifârî, 'Abdullâh ibn 'Omar, Abû Hurayrah, Umm Salma, etc. qui attestent l'avoir entendu.

Dans le troisième chapitre, "Le Saint Coran vu par les uléma de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt", le livre montre, en citant les plus grands uléma de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt, que contrairement à ce que prétendent d'aucuns, ces uléma sont unanimes pour affirmer que le Saint Coran, dans sa version actuelle que lisent tous les Musulmans, est intact et n'a pu subir aucune déformation depuis sa Révélation, et ce conformément à cette Parole d'Allah :

«Nous avons fait descendre le Rappel ; Nous en sommes les Gardiens.» (Sourate al-Hijr, 15 : 9)

Dans le quatrième chapitre, "Le Saint Coran dans les récits des Ahl-ul-Bayt", le livre cite différents récits rapportés des Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt, dans lesquels ceux-ci décrivent la grandeur du Livre d'Allah et la nécessité pour tous les serviteurs d'Allah de suivre à la lettre tous ses Commandements.

Dans un autre chapitre, "Les bases de la compréhension et du Tafsîr du Saint Coran", il nous est proposé de nous arrêter sur l'analyse des différentes significations -étymologique, courante, technique - du terme "Tafsîr" (interprétation), avant d'expliquer la méthodologie de l'interprétation du Coran suivie par les Ahl-ul-Bayt, interprétation fondée sur deux règles :

- l'interprétation du Coran par le Coran, l'explication des Versets par d'autres Versets ;

- l'interprétation du Coran par des hadith authentiques.

Dans le chapitre intitulé "La Sunnah du Saint Prophète dans l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt", le livre montre le rôle prépondérant des Imams d'Ahl-ul-Bayt dans la mémorisation, la diffusion et la sauvegarde des Traditions de leur grand-père, le Saint Prophète Traditions qui, avec le Saint Coran, constituaient les seules Sources de leur Doctrine, de leurs Enseignements et de leurs explications des stipulations de la Chari'ah. Ce chapitre s'applique également à expliquer ce qu'est la Sunnah, et quelle est la méthode originale et rigoureuse suivie par les uléma de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt pour vérifier et établir l'authenticité des hadith, méthode fondée sur l'examen de la chaîne des rapporteurs d'un hadith (sanad) d'une part, et la vérification du "matn" (le texte ou le contenu du hadith), en vue de s'assurer qu'il n'y a rien dans ce hadith qui serait contraire aux stipulations du Livre d'Allah, d'une Sunnah établie authentique, ou d'une vérité admise par le législateur, telle que toute vérité rationnelle absolue et incontestable.

Dans le chapitre intitulé "Les Imams d'Ahl-ul-Bayt, rapporteurs du Hadith du Saint Prophète", le lecteur apprendra que les Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt -qui avaient la charge de diffuser et de sauvegarder les Traditions du Prophète- constituaient la chaîne la plus sûre de la transmission de père en fils des hadith de leur grand-père. Il pourra vérifier également comment cette transmission s'opérait, et quelle était la crédibilité de chacun de ces Imams auprès de l'ensemble des uléma de son époque, et savoir qui sont les douze Imams d'Ahl-ul-Bayt, à quelle époque et dans quelles circonstances a vécu chacun d'eux.

Dans le chapitre "L'Unicité (Tawhîd) dans l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt", les auteurs du livre s'emploient à souligner tout d'abord l'importance de la compréhension correcte de la notion d'Unicité en Islam. Ils expliquent ensuite que selon l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt, la meilleure façon d'avoir une compréhension correcte de la conception de l'Unicité en Islam est de s'en tenir uniquement aux différentes parties du Saint Coran et de la Sunnah, qui sont après tout la seule Source de la pensée doctrinale. Et, après avoir souligné les diverses influences -chrétienne, juive, grecque, etc.- qui ont pu glisser dans la conception de l'Unicité adoptée par un grand nombre de tendances ou d'Ecoles musulmanes à l'époque de la propagation et de l'expansion de l'Islam et à la suite de la conversion à cette Religion de gens d'origines et de civilisations diverses, les auteurs rappellent le rôle prépondérant que les Imams d'Ahl-ul-Bayt ont pu jouer, grâce à leur maîtrise des tenants et des aboutissants du Saint Coran et de la Sunnah, pour conserver à la conception islamique de l'Unicité sa pureté et sa clarté, et pour dénoncer comme hérétiques et déviationnistes certains groupuscules et certains individus qui se réclamaient des Ahl-ul-Bayt tout en professant des idées et des doctrines contraires à leur conception pure de l'Unicité -fondée sur ce principe : «Allah est La Perfection absolue. IL est exempt de tout défaut. IL n'a pas d'associé, ni de pareil ni de semblable ni de contraire.»

A une autre question, à propos de laquelle différentes théories "islamiques" ont été élaborées à l'époque de la formation des Ecoles juridiques, et qui a trait à la Justice d'Allah et au point de savoir si l'homme a la maîtrise de ses actes ou si c'est Allah Qui lui fait commettre des péchés et accomplir de bonnes actions, les auteurs de ce livre consacrent le chapitre "La Justice Divine et l'explication de la conduite humaine». Ils exposent d'abord les deux théories principales qui avaient traité de ce sujet pendant les premiers siècles de l'Hégire : le "Jabr" (la contrainte : l'homme est contraint, il n'a pas le choix de sa conduite qui, selon cette théorie, lui serait dictée par Allah) et le "Tafwîdh" (la délégation : Allah aurait délégué à l'homme la totalité du contrôle de ses actes, sa volonté serait séparée de Celle d'Allah). Et ils montrent ensuite comment les Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt ont réfuté ces deux théories qui mettent en cause la Justice d'Allah et Sa Toute-Puissance, pour expliquer que l'homme ni n'est tout à fait libre de ses actes, ni totalement contraint, mais entre les deux.

Dans le chapitre intitulé "Les Ahl-ul-Bayt et les groupuscules égarés", les auteurs expliquent:

1- Comment et pourquoi des éléments subversifs profitèrent de l'époque de confusion, de déferlement et prolifération de courants de pensée et de théories pour se réclamer de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt et diffuser des Paroles qu'ils attribuaient faussement aux Saints Imams (S) -conférant à ceux-ci des Qualités Divines, etc. dans l'intention de les discréditer.

2- Comment les uléma et les Jurisconsultes de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt se sont appliqués à démontrer la fausseté de ces prétendus hadith et à démasquer le vrai visage de ceux qui les diffusaient, empêchant ainsi l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt d'être entachée par les doctrines étrangères à la pureté islamique des Enseignements des Ahl-ul-Bayt.

3- Comment les détracteurs de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt et les différents pouvoirs ou autorités -dont la position s'accommodait mal de l'application des Traditions authentiques du Prophète que cette Ecole ne cessait d'exiger- profitèrent de cette situation et s'appliquèrent à propager largement les faux hadith attribués aux Ahl-ul-Bayt, tout en essayant d'empêcher les véritables Enseignements de cette Ecole et leurs livres de parvenir aux masses musulmanes. Et c'est à cause de ces manoeuvres perfides qu'on trouve, même de nos jours, de nombreux Musulmans qui confondent les Chi'ites (les adeptes de l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt) avec les doctrines de certains groupuscules égarés et intrus que les Imams d'Ahl-ul-Bayt et les uléma chi'ites étaient les premiers à dénoncer et à démasquer.

Dans un chapitre intitulé "Les principes de l'éducation des Ahl-ul-Bayt", on peut apprendre comment les Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt se sont employés à former et à éduquer islamiquement leurs disciples. L'idée-clé de leur éducation était la suivante : il ne suffit pas d'aimer les Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt pour être un bon Musulman ou un disciple d'Ahl-ul-Bayt. Un bon Musulman est celui dont les actes reflètent la fidélité aux Commandements d'Allah et aux Traditions de Son Messager. Seul celui qui obéit aux Commandements de la Chari'ah dans tous ses actes peut valablement se réclamer de la Doctrine d'Ahl-ul-Bayt. Quelques citations des Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt, et notamment de l'Imam al-Çâdiq sont à cet égard très instructives.

Dans le chapitre "La méthode d'action politique des Ahl-ul-Bayt", on peut apprendre que les Saints Imams d'Ahl-ul-Bayt se sont appliqués :

1- à appeler les gens à dénoncer l'injustice et à lutter contre elle;

2 - à boycotter les gouvernants injustes et à refuser toute coopération avec eux ;

3- à se soulever contre les dirigeants injustes et à soutenir ceux qui les combattent ;

4- à résister politiquement au pouvoir injuste.

Dans ce chapitre, on peut apprendre en détail le rôle politique de chacun des Imams d'Ahl-ul-Bayt, sous les différents pouvoirs Omayyades et Abbassides, la répression et les persécutions qu'ils ont dû subir pour rester fidèles à leurs principes. On peut apprendre également comment l'unité et la continuité de l'action politique des douze Imams d'Ahl-ul-Bayt, malgré ses formes différentes, traduisait la cohérence de leur Doctrine et incarnait ce que la Chari'ah exige de tout dirigeant islamique.

Dans le chapitre "Regards sur les Ecoles Juridiques Musulmanes", on peut se faire une idée de la raison de la formation des différentes Ecoles juridiques islamiques, ainsi que des raisons de leurs divergences.

Ces raisons résident dans deux faits :

- il y a divergence en ce qui concerne les Sources de la Chari'ah, après le Coran et la Sunnah, adoptées par chacune des Ecoles juridiques;

- il y a divergence aussi sur les critères de l'authenticité de certains hadith.

Les auteurs du livre montrent que ces divergences sont de caractère légal, scientifique et objectif, et résultent de l'ijtihâd (opinion personnelle déduite de la Loi islamique) de jurisconsultes compétents et dignes de foi, et ne devraient en aucun cas déboucher sur la division des Musulmans, ni jeter le discrédit ou la suspicion sur la Foi des uns ou des autres. Car chacune de ces Ecoles a été formée en principe uniquement pour permettre aux Musulmans de s'acquitter en toute légalité de leurs obligations religieuses en se conformant aux décrets des Jurisconsultes -qui assument seuls la responsabilité de toute erreur de jugement- qui se sont regroupés autour de cinq méthodologies de recherche différentes, mais visant toutes un même but: la compréhension correcte et l'application juste de la Loi islamique. Elles ne sont donc pas des institutions sociales ou politiques rivales ou concurrentes, cherchant chacune à s'attirer des adeptes ou des "clients". Chaque Musulman devrait être donc libre de choisir légalement et sans a priori ni préjugés l'Ecole juridique qu'il croit être la mieux à même de lui permettre de s'acquitter de ses obligations envers son Créateur. C'est du moins ce que le défunt Chaykh al-Azhar du Caire, le Docteur Mahmûd Chaltût et son successeur Muhammad Muhammad al-Fahhâm ont eu le courage de décréter, en écoutant la voix de la Noble Chari'ah et en faisant fi des considérations politiques séculaires qui tendaient à mettre au ban et tenir à l'écart des Ecoles juridiques officielles toute Ecole dont la doctrine refuse de s'accommoder des raisons d'Etat du pouvoir. Tel est le thème principal du dernier chapitre, intitulé "Les Musulmans : une Communauté unique", qui montre que tout Musulman sincère et bien instruit ne peut que constater que ceux qui essaient de jeter le discrédit sur certaines Ecoles juridiques ou d'insinuer que les divergences entre les Ecoles juridiques ont trait aux fondements de la Foi sont ou bien des ignorants, ou bien agissent avec des intentions douteuses.

Notons enfin que les auteurs de ce livre ont tenu, par souci d'objectivité et afin de permettre au lecteur et au chercheur de vérifier le bien-fondé des faits présentés dans cet ouvrage, à faire figurer à la fin du livre une annexe contenant des centaines de références sunnites qui font autorité et qui attestent que les Versets coraniques cités par les auteurs concernent bien les Ahl-ul-Bayt, et que le terme "Ahl-ul-Bayt" désigne bien, à part le Prophète, l'Imam 'Alî, Fâtimah al-Zahrâ', et leurs Descendants.

ABBAS A. AL-BOSTANI

 


AHL-UL-BAYT DANS LE SAINT CORAN

 
Le Saint Coran est la Source de la Pensée et l'Origine de la Législation et des Valeurs islamiques. Ce qui y est dit est Révélation et Parole Divine Sacrée, qui formule le mode de la vie et précise ses lois.

Tout Musulman le sait : ce que le Saint Coran a apporté constitue sa Législation et son Message dans la vie, et il est tenu de l'appliquer et de marcher à sa Lumière. Le Saint Coran a évoqué les Ahl-ul-Bayt (S)(25) de la façon suivante.

1) L'évocation de leur nom courant. En effet, le Saint Coran les appelle tantôt "Ahl-ul-Bayt", comme dans le Verset de Tat-hîr(26), tantôt "al-Qorbâ" (les proches parents), comme dans le Verset d'al-Mawaddah(27). De nombreux autres Versets ont été révélés à leur propos, Versets que la Tradition du Prophète (Ç)(28) avait expliqués à l'intention de la Ummah, et que de nombreux exégètes et rapporteurs de hadith ont mentionnés dans leurs livres et encyclopédies.

2) La mention d'événements et de faits relatifs aux Ahl-ul-Bayt, et la Révélation de nombreux Versets faisant état de leurs vertus et de leur rang, les louant et appelant la Ummah à eux dans leur ensemble, comme dans le Verset de Mubâhalah(29) et le Verset de It'âm(30) dans la Sourate al-Dahr(31), etc. ou individuellement, comme dans le Verset d'al-Wilâyah :

«Vous n'avez pas de Maître en dehors d'Allah, de Son Prophète et de ceux qui font l'aumône tout en s'inclinant humblement.» (Sourate al-Mâ'idah, 5 : 55).

Nous allons maintenant aborder avec plus de détails quelques-uns de ces Versets - très nombreux - qui évoquent les Ahl-ul-Bayt, pour mettre en évidence leurs vertus.

Le Verset de Tat-hîr (la Purification)

«O vous, les Gens de la Maison! Allah veut seulement éloigner de vous la souillure, et vous purifier totalement.» (Sourate al-Ahzâb, 33 : 33)

Les interprétations et les récits concordent pour affirmer que les personnes visées par le terme "Ahl-ul-Bayt" sont les Membres de la Famille du Prophète, à savoir 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn.

Ainsi, il est rapporté, dans "al-Dur al-Manthûr", d'al-Çiyûtî :

«Selon al-Tabarânî, citant Umm Salma, le Messager d'Allah a dit à Fâtimah : "Amène-moi ton mari et tes deux fils." Lorsqu'elle l'eut fait, le Prophète les recouvrit d'un voile de Fadak puis, posant la main sur eux, il dit : "O Allah ! Ils sont la Famille de Muhammad ! Prie donc sur la Famille de Muhammad et bénis-la comme Tu l'as fait pour la Famille d'Ibrâhîm. Tu es en effet Digne de Louanges et de Gloire."»

Umm Salma ajoute : «J'ai alors levé le voile pour entrer avec eux, mais le Prophète l'a retiré de ma main en me disant : '"Tu es bien, là où tu es."»(32)

Selon Umm Salma, l'épouse du Prophète, un jour, alors que le Saint prophète se trouvait chez elle, sur un lit lui appartenant, recouvert d'un voile khaybarite(33), Fâtimah apporta un récipient contenant un mets. Le Prophète lui dit: «Appelle ton mari et tes deux enfants al-Hassan et al-Hussayn.» Elle s'exécuta. Pendant qu'ils mangeaient, il fut révélé au Prophète :

«O vous les Ahl-ul-Bayt ! Allah veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement

Le Prophète les couvrit alors de son voile, dont il sortit la main pour la lever vers le ciel en disant : «O Allah ! Ce sont les Gens de ma maison et les miens ! Eloigne donc d'eux la souillure et purifie-les totalement.» Il répéta ces paroles trois fois.

Et Umm Salma d'ajouter : «J'ai alors fait entrer ma tête sous le voile en disant : O Messager d'Allah ! Suis-je aussi avec vous? - Tu vas bien deux fois, me répondit-il.»(34)

Le Messager d'Allah continua d'expliquer à la Ummah le sens de ce noble Verset et à le lui faire assimiler afin qu'elle marche à sa Lumière. Il dit notamment : «Ce Verset a été révélé à propos de cinq personnes : moi-même, 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn. O vous les Ahl-ul-Bayt ! Allah veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement.»(35)

De même, l'interprétation de ce Verset et la confirmation des noms qu'il désigne sont attribués à 'Ayechah : «Un jour, le Prophète est sorti, revêtu d'un drap à poils noirs. Lorsqu'al-Hassan est venu, il l'a placé sous le drap ; puis al-Hussayn est venu, et il l'a placé sous le drap ; ensuite Fâtimah est venue, et il l'a placée sous le drap ; enfin 'Alî est venu, et il l'a placé sous le drap. Puis il a dit : "O Ahl-ul-Bayt ! Allah veut éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement."»(36)

Selon un autre récit, le Messager d'Allah avait l'habitude de passer à la porte de la maison de Fâtimah chaque fois qu'il sortait pour la Prière de l'aube, et de dire: «A la Prière ! O Ahl-ul-Bayt ! A la Prière!.. Allah veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement

Ainsi, le Saint Coran met en évidence le rang élevé des Ahl-ul-Bayt, et insiste sur leur Pureté et leur éloignement de la souillure, des péchés et des caprices de l'âme. Leur conduite est donc un exemple à suivre. Le Saint Coran ne les a présentés de la sorte que pour attirer l'attention de la Ummah sur l'importance de leur rang et leur position exaltée, et pour lui recommander de les vre et de se référer à eux afin de bien comprendre la Chari'ah, de déterminer ses statuts à travers leurs explications, et de recourir à eux en tant que critère lorsque des litiges apparaissent et que les avis divergent.

Plusieurs Versets du Saint Coran désignent clairement les Ahl-ul-Bayt comme des Imams, des exemples à suivre par les Musulmans après le Prophète.

Lorsque le Prophète s'appliqua pendant plusieurs mois à s'arrêter, à l'aube, devant la porte de la maison de 'Alî et de Fâtimah pour les appeler à la Prière, en les désignant sous l'appellation de "Ahl-ul-Bayt", il voulait à l'évidence faire connaître l'identité de ces Ahl-ul-Bayt, expliquer la signification exacte du Verset d'al-Tat-hîr, attirer l'attention de la Ummah sur la place de choix qu'ils occupent, et lui signifier l'obligation de les aimer, de les soutenir et de leur obéir.

En effet, Abû-l-Hamrâ', cité par al-Tabarî, témoigne: «Pendant six mois, le Messager d'Allah s'arrêta au niveau de la porte de 'Alî et de Fâtimah, pour dire: "O Ahl-ul-Bayt ! Allah veut éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement."»(37)

Selon al-Fakhr al-Râzî, dans "al-Tafsîr al-Kabîr", après la Descente du Verset coranique : «Ordonne la Prière à ta Famille, et persévère toi-même dans la Prière.» (Sourate Tâhâ, 20 : 132), le Prophète allait chaque matin chez 'Alî et Fâtimah, et disait: "A la Prière !" Il le fit pendant plusieurs mois.

Selon un récit rapporté par Hammâd ibn Salma, citant 'Alî ibn Zayd, citant Anas : «Le Prophète passa dant six mois devant la porte de Fâtimah chaque fois qu'il sortait pour prier, et il disait : "A la Prière ! O Ahl-ul-Bayt ! Allah veut éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement.(38)

Ceci montre clairement l'attention soutenue du Prophète pour cette Maison bénie et sa volonté d'amener les Musulmans à bien comprendre que les occupants de cette Maison sont les siens, de qui Allah a éloigné la souillure et qu'Il a purifiés totalement, après qu'Il lui a intimé cet Ordre :

«Ordonne la Prière à ta Famille, et persévère toi-même dans la Prière.» (Sourate Tâhâ, 20 : 132)

Il ressort clairement de ce Verset : «O Ahl-ul-Bayt ! Allah veut éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement.», qui s'adresse aux Ahl-ul-Bayt à la deuxième personne du pluriel, au masculin et non pas au féminin ('ankum = de vous) et Yotahirrukum = vous purifier), que les personnes visées par ce Verset sont les cinq dont les noms ont été cités plus haut, et non pas les épouses du Prophète -comme l'ont cru certains exégètes. Car s'il s'agissait effectivement des épouses du Prophète, la Parole d'Allah se serait adressée à elles en employant le féminin: 'ankun-na = de vous [épouses du Prophète], et Yotahirkun-na = vous purifier [vous, les épouses du Prophète].

Ce Verset trace une voie au contenu et à la signification larges, et attire notre attention sur des vérités essentielles dans la vie islamique, afin de nous éviter de tomber dans un problème de compréhension et de manquer les desseins véritables du Livre d'Allah, Qui a voulu fonder la Ummah sur la Pureté et l'éloignement de la souillure et du vice, et Qui a fait des Ahl-ul-Bayt l'axe et le phare de cette fondation. Car aucun autre Musulman n'a eu droit à une telle description dans le Saint Coran, et Prophète ne s'est adressé à aucun autre Musulman avec ce qualificatif, le qualificatif de la Pureté absolue et de l'éloignement des péchés et des fautes.

Le Verset de Mawaddah

«Dis : "Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre amour envers les Proches."» 
(Sourate al-Chûrâ, 42 : 23)

Le Messager d'Allah a bien spécifié qui est désigné par ce Verset béni, et qui sont ceux envers qui l'amour, l'obéissance et l'imitation sont obligatoires.

Selon les exégètes, les rapporteurs de hadith et les biographes, les ''proches'' visés dans ce Verset sont 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn.

Ainsi, selon al-Zamakh-charî, dans son "Tafsîr al-Kach-châf":

«... On raconte qu'une fois, les polythéistes s'étaient réunis et s'étaient dit les uns aux autres : "croyez-vous que Muhammad soit interrogé sur le salaire qu'il touche...?" Et alors fut révélé le Verset:

«Dis : "Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre amour envers les proches."»(39)

Et al-Zamakh-charî d'ajouter:

«Et on relate que lorsque ce Verset a été révélé, on demanda au Prophète: O Messager d'Allah ! Qui sont tes proches que nous avons l'obligation d'aimer? - 'Alî, Fâtimah, et leurs fils, répondit le Prophète.»

Selon al-'Allâmah(40) al-Bahrânî, citant "Al-Musnad" d'Ahmad ibn Hanbal, citant Sa'îd ibn Jubayr, Ibn 'Abbâs a dit :

«Lorsque cette Parole : "Dis : "Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre amour envers les proches" a été révélée, on demanda : O Messager d'Allah ! Qui sont tes proches que nous avons l'obligation d'aimer? - 'Alî, Fâtimah, et leurs fils, répondit le Prophète.»(41)

Al-Fakhr al-Râzî a confirmé ce qui suit dans le ''Tafsîr al-Kabîr'', après avoir mentionné la parole d'al-Zamakh-charî (l'auteur d'"Al-Kach-châf"), concernant la Famille de Muhammad:

«Et moi je dis : la Famille [Âle] de Muhammad sont ceux dont le sort lui revient. Car plus le sort de quelqu'un lui est totalement et solidement lié, plus on est de sa famille. Or il ne fait pas de doute que les liens entre le Messager d'Allah et Fâtimah, 'Alî, al-Hassan et al-Hussayn sont des plus solides, et cela est prouvé par des témoignages concordants.

C'est donc eux qui sont obligatoirement la Famille du Prophète.»

De même, il y a eu controverse concernant le mot "Âle". Les uns ont dit que "Âle" désigne les proches, les autres disent qu'il signifie la Ummah du Prophète. Or, si nous considérons la première hypothèse(42), il s'applique aux quatre personnes déjà citées, soient 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn ; et si nous retenons la seconde hypothèse, il s'applique également à eux. Ainsi, dans tous les cas, les personnes précitées font partie des "Âle". Mais y en a-t-il d'autres, qui soient désignées par ce terme? Cela est controversé, et la controverse est alimentée aussi bien sur le plan des témoignages rapportés que sur celui du rationnel, comme nous l'avons Toujours est-il que, selon l'auteur d'"Al-Kach-châf", lorsque ce Verset fut révélé, on a demandé au Prophète: «O Messager d'Allah ! Qui sont tes proches que nous avons le devoir d'aimer ?» Et le Prophète a répondu : «'Alî, Fâtimah et leurs deux fils.»

Il en ressort donc que ces quatre personnes sont les "proches" du Prophète. Ce lien étant établi, les quatre personnes en question ont droit à plus de révérence. La preuve en est :

1) La Parole d'Allah précitée : «... si ce n'est l'amour envers les proches.» "Les proches" signifie ici, comme nous l'avons vu à travers des témoignages concordants, les quatre personnes déjà citées.

2) Il ne fait pas de doute que le Prophète aimait Fâtimah, puisqu'il a dit :

«Fâtimah est une partie de moi. Celui qui lui fait du mal m'aura fait du mal

De même, des témoignages concordants prouvent que Muhammad aimait 'Alî, al-Hassan et al-Hussayn. Et cela étant établi, toute la Ummah a l'obligation de lui emboîter le pas et de les aimer, puisqu'Allah dit :

«O Prophète ! Dis : "Suivez-moi, si vous aimez Allah ; Allah vous aimera."» (Sourate Âl 'Imrân, 3 : 31)

«... suivez-le [le Prophète] ! Peut-être alors serez-vous dirigés.» (Sourate al-A'râf, 7 : 158)

«... ceux qui s'opposent à son ordre [du Prophète] doivent prendre garde...» (Sourate al-Nûr, 24 : 63)

«... vous avez, dans le Messager d'Allah, un bel exemple...» (Sourate al-Ahzâb, 33 : 21)

3) La Prière pour les "Âle" a une importance de premier plan, c'est pourquoi une telle Prière a été placée à la fin de la Prière rituelle prescrite, laquelle se termine par les mots : «Allâhumma Çalli 'alâ Muhammadin wa Âle Muhammad» (O Allah ! Prie sur Muhammad et sur la Famille (Âle) de Muhammad). Personne d'autre que les "Âle" n'a eu droit à une telle glorification. Ainsi, l'amour

our les "Âle" de Muhammad s'affirme comme une obligation. Il est utile de rappeler ici ce qu'a professé l'imam al-Châfi'î (R)(43) :

«Si l'amour pour les Âle Muhammad est un "refus",

«Que les Thaqalayn(44)attestent que je suis un "refusard"(45)(46)

Selon al-Tabarî, citant Ibn 'Abbâs :

«Lorsque le Verset : "Dis : "Je ne vous demande pour cela aucun salaire, si ce n'est votre amour pour les proches" a été révélé, on a demandé au Prophète: "O Messager d'Allah ! Qui sont tes proches qu'il nous est obligatoire d'aimer ?", et le Prophète a répondu: "'Alî, Fâtimah, et leurs deux fils."» (Rapporté par Ahmad dans "Al-Manâqib"(47).

Ibn al-Monthir, Ibn Abî Hâtam, Ibn Marduwayh et al-Tabarânî ont rapporté, dans "Al-Mu'jam al-Kabîr", en citant Ibn 'Abbâs, exactement la même affirmation concernant les personnes visées par le Verset.(48)(24)

Selon un récit sain (Hadith Çahîh) sur al-Hassan ibn 'Alî, celui-ci fit un jour un prône dans lequel il déclara :

«Je suis un des membres des Ahl-ul-Bayt, de qui l'amour est rendu obligatoire par Allah à tout Musulman, puisqu'Allah a dit : "Dis : "Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre amour envers les proches."»

Dans le Verset d'al-Tat-hîr (la Purification), Allah a établi la Purification des Ahl-ul-Bayt, et les a dépouillés de toute souillure. Il a fait comprendre à la Ummah, par l'établissement de cette Purification, leur valeur et leur rôle missionnaire dans sa vie (de la Ummah), et c'est pourquoi ils ont mérité l'amour et la fidélité qu'ordonne le Saint Coran dans ce Verset. Le Saint Coran n'entend pas, par cet amour, seulement le lien affectif et l'amour cordial -car l'amour et l'affection qui vivraient dans l'âme et la conscience, sans se traduire par des actes qui les incarneraient, c'est-à-dire sans suivre l'exemple des Ahl-ul-Bayt, marcher sur leurs traces, et se conformer à leur Ecole et à leurs actes et paroles, n'auraient pas de valeur.

Lorsque le Saint Coran prête la parole au Prophète dans ce Verset, en lui ordonnant d'informer sa Communauté et tout le monde qu'il ne leur demande, en contrepartie du fait de lancer l'Appel et de les orienter vers Allah, que d'aimer ses proches, de leur rester fidèles et de suivre leur Voie, il veut seulement sauvegarder la Marche originelle de la Ummah, et garantir sa ligne doctrinale et législative en s'orientant vers les Ahl-Bayt, conformément aux Préceptes du Coran.

Sans la garantie de l'intégrité des Ahl-ul-Bayt, et de leur compétence pour guider la Ummah vers le Droit Chemin, le Saint Coran n'aurait pas parlé d'eux en ces termes spécifiques, et il n'aurait pas ordonné au Prophète de demander à la Communauté musulmane l'amour envers les Ahl-ul-Bayt, comme compensation de sa Mission.

Ce texte coranique nous fait connaître la nécessité d'observer les Enseignements des Ahl-ul-Bayt et de suivre leur exemple, en raison de leur Pureté et de leur intégrité. Le Saint Coran veut nous suggérer, par ce moyen, d'être rassurés lorsque nous nous attachons aux Ahl-ul-Bayt, que nous observons leur Voie, et comprenons l'Islam à leur façon, étant donné qu'ils constituent une Voie dont la rectitude est garantie.

La masse de témoignages des "mufassir"(49), des conteurs et des rapporteurs de hadith, mettant en évidence l'interprétation par le Prophète de ce Verset béni, interprétation que nous avons citée, n'a pu que susciter dans les coeurs des Musulmans l'amour envers les Ahl-ul-Bayt, et l'a érigé en une Vérité qui vit dans le for intérieur de tout Musulman, s'incarne dans sa conduite, apparaît dans ses sentiments, et se détermine dans son attitude vis-à-vis des Ahl-ul-Bayt, de leurs amis et de leurs ennemis, de leur Voie, de leur Jurisprudence, de leur exégèse, de leur orientation, de leur explication de la Doctrine et de la Chari'ah, de leur programme d'action politique et de leur Direction.

L'honneur particulier auquel ont eu droit les Ahl-ul-Bayt a donc une signification particulière, et constitue une indication précieuse sur laquelle les Musulmans doivent méditer profondément afin d'être pleinement conscients de leurs devoirs envers eux.

Le Verset de Mubâhalah

«Si quelqu'un te contredit après ce que tu as reçu en fait de Science, dis : "Venez ! Appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes: nous ferons alors une exécration réciproque en appelant la Malédiction d'Allah sur les menteurs."» (Sourate Âle 'Imrân, 3 : 61)

Il s'agit d'un événement historique immortel, que les historiens et les mufassir ont relaté, et qui a mis en évidence l'immunité de la Famille du Prophète ('Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn) aux yeux d'Allah, et sa place sublime dans la Ummah.

Cet événement, comme nous le rapportent les historiens et les exégètes, est la "Mubâhalah". Il a eu lieu lorsqu'une délégation(50)(26) de Chrétiens de Najrân crut pouvoir discuter avec le Prophète et tenter de le contredire.

Alors, Allah ordonna à Son Messager, dans ce Verset, d'appeler 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn, et de se diriger avec eux vers la vallée, et de demander aux Chrétiens de convoquer leurs fils et leurs femmes pour venir avec eux, afin de prier Allah de faire descendre Sa Malédiction sur les menteurs d'entre les deux parties.

Selon al-Zamakh-charî, dans "Al-Kach-châf":

«Lorsque le Prophète les [les Chrétiens] appela à l'invocation de l'exécration(51), ils dirent : "Attendez, que nous nous concertions."

Puis, lorsqu'ils entreprirent leur concertation, ils demandèrent à leur vicaire : "O 'Abdul Maçih ! Qu'en penses-tu ?" Celui-ci répondit: "O assemblée des Chrétiens ! Muhammad est un Prophète Envoyé (...). Par Allah ! Aucun peuple n'a jamais affronté un Prophète dans une invocation d'exécration sans que périssent ses vieillards, et sans qu'il ne soit privé de ses enfants ! Si vous le faites, vous périrez tous (...). Préservez donc la paix avec cet homme, et rentrez chez vous." Lorsque le Prophète revint, en étreignant al-Hussayn et en tenant la main d'al-Hassan, laissant Fâtimah marcher derrière lui, et 'Alî derrière elle, et qu'il dit à ces derniers : "Si j'invoque Allah, dites : Amîn !", l'archevêque de Najrân s'écria : "O assemblée des Chrétiens ! Je vois des visages par lesquels si Allah voulait déplacer une montagne, Il le pourrait ! N'invoquez pas l'exécration d'Allah, sinon vous périrez et aucun Chrétien ne restera à la surface de la terre jusqu'au Jour du Jugement !" Sur ce, les Chrétiens dirent au Prophète : "O Abû-l-Qâsim(52)(28) ! Nous avons décidé de ne pas te provoquer en invocation d'exécration, de t'approuver pour ta Religion, et de rester fidèles à la nôtre." Le Prophète leur dit : "Si vous refusez l'invocation de l'exécration, convertissez-vous donc à l'Islam, et vous aurez les devoirs et les droits des Musulmans." Comme ils

refusaient son offre, il leur dit : "Je vous combats donc !" Ils répondirent : "Nous ne pouvons pas combattre les Arabes. Mais nous concluons avec toi un traité de réconciliation en vertu duquel tu t'abstiendras de nous attaquer, de nous menacer et de nous détourner de notre religion, et nous t'offrons en contrepartie deux mille dalmatiques, mille au mois de Çafar, et mille autres au mois de Rajab, ainsi que trente cuirasses ordinaires en fer." Le Prophète accepta l'offre de réconciliation et dit: "Par Celui Qui tient mon âme entre Ses mains! Le dépérissement planait sur les gens de Najrân. S'ils avaient invoqué l'anathème, ils auraient été transformés en singes et en porcs, et la vallée aurait éclaté en feu autour d'eux. Allah aurait déraciné Najrân ses habitants, et même les oiseaux juchés sur la cime des arbres.Avant l'écoulement d'une année, tous les Chrétiens auraient péri."»

Poursuivant son interprétation du Verset de Mubâhalah, et l'exaltation de la position sublime des Ahl-ul-Bayt, en prenant le hadith de 'Ayechah pour témoin, il écrit :

«Si le Prophète a fait passer leur invocation avant lui-même, c'est pour attirer l'attention sur leur position sublime, leur place proche [d'Allah], et pour montrer qu'ils ont la primauté sur soi-même, et qu'on a le devoir de se sacrifier pour eux. Il y a dans tout cela une preuve des plus solides de la Vertu des Gens du manteau (Ahl al-Kisâ')(53). et une indication évidente de la véracité de la prédication du Prophète, car personne parmi les amis de l'Islam ou parmi ses détracteurs n'a prétendu qu'ils [les Chrétiens de Najrân] ont répondu positivement à l'invitation du Prophète.»(54)

L'événement met face à face le camp de la Foi et celui du polythéisme. Ceux qui représentaient le camp de la Foi représentaient naturellement l'avant-garde de la Bonne Direction, le sommet de la Ummah, le meilleur d'elle-même, et dont lque le Coran a défié les ennemis de l'Islam, et que ce sont leurs adversaires qu'il a traités de menteurs passibles de l'Anathème et de la Torture : «... en appelant la Malédiction d'Allah sur les menteurs.»

Sans la garantie de leur intégrité et de leur véracité, Allah ne leur aurait pas conféré un tel honneur, et le Saint Coran ne les aurait pas considérés comme tels.

Al-Fakhr al-Râzî a noté, dans son "Tafsîr al-Kabîr" le même récit qu'avait relaté al-Zamakh-charî. La concordance totale de leurs exégèses en ce qui concerne ce point est à cet égard significative. Après avoir rapporté ce que al-Zamakh-charî avait relaté, al-Râzî commente :

«Sachez que l'authenticité de ce récit fait l'unanimité des exégètes [mufassir] et des rapporteurs de hadith.»(55)

Al-'Allâmah al-Tabâtabâ'î, parlant de la signification de ce Verset et affirmant que les personnes qu'il désigne -celles par lesquelles Allah a défié Ses ennemis- sont le Messager d'Allah, 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn, a écrit :

«Les rapporteurs de hadith l'ont transmis et admis [ce fait] unanimement. Les auteurs des recueils (Jâmi') l'ont établi dans leurs recueils; parmi eux, citons Muslim, dans son "Çahîh", al-Tirmithî, etc. De même, les historiens l'ont confirmé.

Puis les exégètes ont tenu unanimement à le citer et à le faire figurer dans leurs exégèses, sans aucune réserve ni objection. Parmi eux, il y a de nombreux rapporteurs de hadith et d'historiens, comme al-Tabarî, Abû-l-Fidâ', Ibn Kathîr, al-Çiyûtî et bien d'autres.»

Il y a donc unanimité chez les exégètes pour préciser l'identité des Ahl-ul-Bayt, affirmer l'obligation de les aimer et souligner leur position sublime dans la Ummah.

Lorsque les deux Versets précités confèrent la qualité de Pureté aux Ahl-ul-Bayt -'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn- nous devons comprendre que cette Pureté s'applique à la totalité de leur être, la Pureté de la pensée, de l'âme, de la conscience et de la conduite. Une Pureté qui exclut toute souillure, tout élément contaminé et étranger à l'esprit de l'Islam. Leur Pureté s'identifie à celle de l'Islam dans toute son originalité et s'incarne dans leur pensée, leur conduite, leurs sentiments. Par conséquent, l'Islam qu'ils prêchent est à l'abri de toute contamination, de toute intrusion, de toute erreur et de toute déviation, Allah les ayant purifiés et dépouillés de tout péché, et ayant établi leur Droiture et leur Intégrité. C'est pour préserver la Pureté de l'Islam et permettre aux Musulmans de ne pas s'écarter de ses Enseignements, que le Saint Coran a rendu obligatoire l'amour et l'obéissance envers eux.

Dans le Verset de Mubâhalah, Allah défie, par les Ahl-ul-Bayt, les détracteurs de l'Islam. Et c'est parce qu'ils occupent une position privilégiée auprès de Lui qu'Il ordonne au Saint Prophète de se mettre à la tête de cette constellation pure pour lancer un défi aux ennemis d'Allah, un défi que personne ne saurait oser relever, puisque lancé par une élite de gens pieux dont la Prière de demande (Du'â') est à coup sûr exaucé et entendu par Allah. Car Allah ne refuse pas la demande de ceux qu'Il a tant privilégiés, purifiés et rapprochés de Lui.

Dans ce Verset, il y a des détails linguistiques auxquels il est impératif de s'arrêter et qu'il est indispensable d'expliquer dans leur contexte précis si l'on veut éviter toute confusion et tout malentendu. Le Verset parle de "nous-mêmes", de "nos femmes" et de "nos fils", et le Prophète a amené 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn. Si le Prophète n'était pas sorti précisément avec ces quatre personnes, on aurait pu penser que "nos femmes" désigne les épouses du Prophète en général, "nos enfants", Fâtimah et les autres filles du Prophète, et "nous-mêmes", le Prophète tout seul. Mais, en sortant avec ces quatre personnes, à l'exclusion de toute autre, le Prophète a écarté toute ambiguïté et nous a fait savoir que l'élite et l'avant-garde des femmes de la Ummah, c'est Fâtimah, que l'élite des fils des Musulmans sont bien al-Hassan et al-Hussayn -que le Saint Coran a établis comme étant les fils du Prophète. Enfin, le Saint Coran a considéré 'Alî comme faisant partie du Prophète lui-même ("nous-mêmes").

Le Verset de Çalât

«Oui, Allah et Ses Anges prient sur le Prophète. O vous les Croyants ! Priez sur lui et appelez sur lui le Salut.» (Sourate al-Ahzâb, 33: 56)

Dans les Versets précédents, le Saint Coran a parlé de la Pureté des Ahl-ul-Bayt et de l'obligation de les aimer, tout en les désignant.

Les exégètes ont précisé leur identité et leurs noms. Dans le Verset dont nous traitons ici, Allah annonce comme un Ordre obligatoire la Prière sur le Prophète et sur sa Famille. Une telle obligation réaffirme et rehausse la position des Ahl-ul-Bayt, et ne laisse aucun doute sur l'obligation faite à la Ummah de les révérer.

Al-Fakhr al-Râzî a mentionné, dans son "Tafsîr al-Kabîr", l'explication de ce Verset faite par le Prophète. Il écrit à ce propos :

«Lorsque l'on a demandé au Prophète : "O Messager d'Allah ! Comment prier sur toi ?", il a répondu : «Dites: "O Allah ! Prie sur Muhammad et sur les Âle Muhammad, comme Tu a prié sur Ibrâhîm et sur les Âle Ibrâhîm ; et bénis Muhammad et les Âle Muhammad comme Tu as béni Ibrâhîm et les Âle Ibrâhîm ; en effet, Tu es Digne de Louanges et de Gloire."»

Et avant d'introduire ce hadith, il a exposé l'exégèse, l'interprétation, de ce Verset en faisant ce commentaire:

«C'est la preuve, chez les Châfi'ites, que cet Ordre [de prier sur Muhammad] est une obligation(56). Ainsi, la Prière sur le Prophète devient obligatoire ; tout en n'étant pas obligatoire en dehors du Tachah-hud, elle est obligatoire dans le Tachah-hud.»(57)

Et al-Râzî de s'interroger:

«Si Allah et Ses Anges prient sur lui [le Prophète], en quoi aurait-il besoin de notre Prière ?»

A cette interrogation, nous répondons que la Prière sur lui ne soulève pas la question de savoir s'il a besoin ou non de notre Prière ; autrement il n'aurait pas besoin non plus de la Prière des Anges, une fois qu'il a la Prière d'Allah !

L'Ordre nous est intimé de prier sur lui, par compassion pour nous, car notre Prière sur lui nous donne l'occasion de le glorifier afin qu'Allah nous en récompense. C'est pourquoi le Prophète a dit:

«Quiconque prie sur moi une fois, Allah prie sur lui dix fois.»

Dans "al-Dur al-Manthûr", d'al-Çiyûtî, 'Abdur Razzâq, Ibn Abî Chîbah, Ahmad, 'Abd ibn Hamîd, al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâwûd, al-Tirmithî, al-Nasâ'î, Ibn Mâjah et Ibn Marduwayh ont rapporté de Ka'ab ibn 'Ajrah:

«Un homme a dit: "O Messager d'Allah ! Pour ce qui est du Salut sur toi, nous l'avons compris. Mais comment prier sur toi ?" Le Prophète répondit : "Dites: O Allah ! Prie sur Muhammad et sur les Âle Muhammad [la Famille de Muhammad], comme Tu as prié sur Ibrâhîm et sur les Âle Ibrâhîm; en effet, Tu es Digne de Louanges et de Gloire."»

Il y a, en dehors de ce récit, dix-huit hadith qui établissent que les Âle du Prophète lui sont associés dans la Prière, et ces hadith sont rapportés par les auteurs de Sunan et de recueils, en citant plusieurs Compagnons dont : Ibn 'Abbâs, Talhah, Abû Sa'îd al-Khidrî, Abû Hurayrah, Abû Mas'ûd al-Ançârî, Buraydah, Ibn Mas'ûd, Ka'ad ibn 'Umrah et 'Alî.

A ce propos, Ahmad et al-Tirmithî ont rapporté de l'Imam al-Hassan ibn 'Alî que le Prophète avait dit :

«L'avare est celui qui ne prie pas sur moi lorsque je suis évoqué chez lui.»(58)

Ainsi, les jurisconsultes s'accordent-ils pour affirmer l'obligation de la Prière sur Muhammad et sur les Âle Muhammad pendant le Tachah-hud de la Prière rituelle(59) et l'obligation d'évoquer les Âle Muhammad dans la Prière.

Lorsqu'on observe bien ce Verset, on comprend clairement la raison d'être de cette Législation et de son caractère d'obligation, à savoir la glorification des Âle Muhammad, qu'Allah a purifiés totalement en les dépouillant de toute souillure, afin que la Ummah suive leur exemple, emprunte leur Voie, et résolve ses différends en se référant à eux.

Ainsi, si la Prière rituelle est considérée comme nulle et non avenue lorsqu'on omet de prier sur les Âle Muhammad, c'est parce que ceux-ci sont l'avant-garde de la Ummah et doivent être reconnus comme l'exemple à suivre. Si leur Droiture n'était pas garantie, et si la justesse de tout ce qu'ils ont fait n'était pas incontestable, Allah n'aurait pas ordonné aux Musulmans de toutes les époques de s'attacher à eux et de prier sur eux dans chaque Prière rituelle. Cette répétition de la Prière sur Muhammad et les Âle Muhammad, et l'obligation de la faire dans la Prière rituelle, visent à attirer l'attention des Musulmans, pendant chaque Prière, sur leur importance, leur position et la nécessité de les suivre, de marcher sur leurs traces et de s'attacher à eux.

La Sourate al-Insân

«Les hommes purs boiront à une coupe dont le mélange sera de camphre. Les serviteurs d'Allah boiront à des sources que Nous ferons jaillir en abondance. Ils tenaient fidèlement leurs promesses, ils redoutaient un Jour dont le mal sera universel. Ils nourrissaient le pauvre, l'orphelin et le captif, pour l'amour d'Allah. "Nous vous nourrissons pour plaire à Allah Seul ; nous n'attendons de vous ni récompense, ni gratitude. Oui, nous redoutons, de la part de notre Seigneur, un Jour menaçant et catastrophique." Mais Allah les a protégés du malheur de ce Jour. Il leur fera rencontrer la fraîcheur et la joie. Ils les récompensera pour leur patience, en leur donnant un Jardin et des vêtements de soie. Là, accoudés sur des lits d'apparat, ils n'auront à subir ni soleil ardent, ni froid glacial. Ses ombrages seront cueillis. On fera circuler parmi eux des vases d'argent et des coupes de cristal, de cristal d'argent, et remplies jusqu'au bord. Ils boiront à une coupe dont le mélange sera de gingembre, puisé à une source nommée là-bas: "Salsabil". Des éphèbes immortels circuleront autour d'eux. Tu les compareras, quand tu les verras, à des perles détachées. Quand tu regarderas là-bas, tu verras un délice et un faste royal. Ils porteront des vêtements verts, de satin et de brocart. Ils seront parés de bracelets d'argent. Leur Seigneur les abreuvera d'une boisson très pure. "Cela vous est accordé comme récompense. Votre zèle a été reconnu."» (Sourate al-Insân, 76 : 5-22)

Dans ces Versets bénis, le Saint Coran parle des Ahl-ul-Bayt, et les place au sommet de la crainte révérencielle. Il les présente comme des modèles et des exemples à suivre par l'humanité, afin que les générations leur emboîtent le pas et marchent sur leurs traces. L'événement historique à l'occasion duquel ces Versets bénis sont descendus met en évidence la position élevée des Ahl-ul-Bayt, leur sublimité dans l'application et l'observance de la Chari'ah, leur dévouement aux Préceptes d'Allah, et indique qu'ils sont des gens pieux qui guident vers le Paradis quiconque les suit et suit leur Voie.

En effet, al-Zamakh-charî écrit, dans son tafsîr (exégèse) de ces Versets:

«Selon Ibn 'Abbâs, al-Hassan et al-Hussayn sont tombés malades un jour, et le Messager d'Allah est venu, avec d'autres personnes, leur rendre visite. Il dit [à l'Imam 'Alî]: "O Abû-l-Hassan ! Pourquoi ne fais-tu pas une promesse à Allah pour [la guérison de] tes fils ?". 'Alî, Fâtimah et Fidh-dhah, la servante, promirent de jeûner pendant trois jours s'ils guérissaient. Il s'ensuivit qu'ils guérirent. [Pour le repas de l'Iftâr] 'Alî emprunta trois Çâ' [mesure de grains] d'orge, dont Fâtimah moulut un pour cuire cinq pains, un pain chacun. Alors que chacun d'eux avait pris son pain pour rompre le Jeûne, n quémandeur se présenta, et leur dit : "Que la Salut soit sur vous, ô Gens de la Maison de Muhammad ! Je suis un Musulman pauvre. Nourrissez-moi, Allah vous nourrira des tables du Paradis !" Ils lui offrirent alors généreusement leurs pains, et passèrent la nuit sans avaler autre chose que de l'eau. Ils passèrent la journée du lendemain en Jeûne. Le soir, lorsqu'ils voulurent rompre le Jeûne, et alors qu'ils s'apprêtaient à manger leur nourriture, un orphelin se présenta, et ils le nourrirent. Le surlendemain, un prisonnier de guerre se présenta au même moment, et ils agirent de la même manière [que les soirs précédents]. Le matin du quatrième jour, 'Alî amena al-Hassan et al-Hussayn chez le Prophète qui, les voyant trembler de faim comme des poussins, dit : "Que cela me fait mal, l'état dans lequel vous vous trouvez !" Sur ce, il les ramena chez Fâtimah, et il vit celle-ci dans son mihrâb(60), le ventre collé au dos et les yeux creux. Cela le chagrina. L'Ange Jibrîl descendit alors et dit : "Tiens, ô Muhammad ! Allah te bénit par les Gens de ta maison!" Puis il récita la Sourate.(61)»

Al-Tabarsî a relaté le même récit dans son tafsîr "Majma' al-Bayân". Il a aussi rapporté le récit suivant :

«'Alî ibn Ibrâhîm a mentionné que son père lui avait raconté, en citant 'Abdullâh ibn Maymûn, qui citait Abî 'Abdullâh [Ja'far al-Çâdiq], lequel avait dit : "Il y avait de l'orge chez Fâtimah. On en fit un peu de bouillie qu'ils(62) s'apprêtaient à manger. A ce moment-là, un pauvre se présenta et dit : "Qu'Allah vous entoure de Sa Miséricorde !" Alors, 'Alî lui donna le tiers de la bouillie. Tout de suite après, un orphelin se présenta et dit : "Qu'Allah vous entoure de Sa Miséricorde !" Et 'Alî lui offrit un tiers de la bouillie. Puis un captif se présenta et dit: "Qu'Allah vous entoure de Sa Miséricorde !" 'Alî lui donna le troisième tiers [de la bouillie d'orge] sans qu'ils en aient pris même une goutte pour eux. Allah fit descendre à leur propos, et à cette occasion, des Versets qui s'appliquent à tout Croyant qui fait de même pour l'amour d'Allah. C'est là une indication que la Sourate en question(63) était "madanite" [médinoise = révélée à Médine](64). Selon Abû Hamzah al-Thamalî, dans son tafsîr : "Al-Hassan ibn al-Hassan, Abû 'Abdullâh ibn al-Hassan, m'a informé que toute la Sourate a été révélée à propos de 'Alî et de Fâtimah."»(65)

Parlant des motifs de la Révélation de cette Parole d'Allah : «Ils nourrissent le pauvre, l'orphelin et le captif pour l'amour d'Allah...», al-Wâhidî a écrit:

«Selon 'Atâ', citant ibn 'Abbâs : "Le motif en est que 'Alî ibn Abî Tâlib a offert un jour ses services pour arroser des dattiers pendant toute une nuit, contre un peu d'orge. Lorsqu'il reçut l'orge, le lendemain matin, il en moulut le tiers et on en fit un mets appelé al-khazîrah. Quand le mets fut prêt, un pauvre se présenta, et on le lui donna. Puis on fit cuire le reste de l'orge. Lorsque ce fut prêt, un captif polythéiste se présenta, et on lui donna le mets. Et ils restèrent à jeun ce jour-là. Ce Verset fut alors révélé, à cette occasion." Ainsi, les exégètes s'accordent-ils pour affirmer que ce Verset a été révélé à propos de 'Alî et de sa Famille [Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn], bien que les récits divergent quant à la narration de l'événement.»(66)(42)

On peut donc voir, dans ce Verset, un témoignage indiquant que les Ahl-ul-Bayt sont des gens pieux, qui dent vers le Paradis ceux qui les suivent.

Quelques-uns des Versets coraniques concernant Amîr al-Mu'minîn 'Alî ibn Abî Tâlib

De nombreux Versets coraniques ont été révélés à propos du "Frère" du Messager d'Allah et Doyen de sa Famille, l'Imam 'Alî ibn Abî Tâlib, qui a été élevé dans la maison du Prophète depuis sa première enfance(67).

Il a grandi auprès de lui, y a acquis son caractère, a cru en lui dès l'âge de dix ans, et l'a suivi. Puis il est devenu son porte-étendard, son soldat courageux dans toutes les batailles : Badr, Ohod, Hunayn, al-Ahzâb, Khaybar, Thât-al-Salâçil et dans bien d'autres combats au terme desquels l'Islam a remporté la victoire. Le Prophète lui-même a témoigné du courage et du rôle de l'Imam 'Alî dans ces batailles victorieuses, et son témoignage constitue une décoration éternelle qui orne à jamais les pages de l'Histoire et qui matérialise, à l'intention de l'humanité, l'idée suprême du Sacrifice et du Jihâd.

Nous verrons, après la lecture des motifs de la Révélation, que les Versets révélés à propos du Commandeur des Croyants et l'Imam des Musulmans, 'Alî ibn Abî Tâlib -mis à part ceux que nous avons mentionnés à propos de l'ensemble des Ahl-ul-Bayt- parlent:

a) du courage de l'Imam 'Alî et de son Sacrifice sur le Chemin d'Allah ;

b) de son endurance face aux ennemis et aux moqueries qu'on lui faisait subir ;

c) de sa piété, de sa Crainte révérencielle, de son action, de son offrande, et de sa Direction des Croyants.

Mentionnons-en quelques exemples:

Le Verset de la Wilâyah

«Vous n'avez pas de Maître en dehors d'Allah et de Son Prophète, et de ceux qui croient: ceux qui s'acquittent de la Prière, ceux qui font l'aumône tout en s'inclinant humblement. Ceux qui prennent pour Maîtres Allah, Son Prophète et les Croyants : voilà ceux qui forment le parti d'Allah, et qui seront les vainqueurs!» (Sourate al-Mâ'idah, 5 : 55-56)

Selon al-Zamakh-charî, dans "Al-Kach-châf":

«Il [ce Verset] a été révélé à propos de 'Alî (qu'Allah ennoblisse son visage) lorsqu'un mendiant l'a sollicité pendant qu'il était en position d'Inclination dans sa Prière, et qu'il a laissé tomber pour lui sa bague -qui flottait à son petit doigt- sans interrompre sa Prière. Si vous vous demandez comment il [ce Verset] peut être relatif à 'Alî (qu'Allah ennoblisse son visage), alors que le terme désigne un pluriel, je vous répondrai : si le terme désigne un pluriel, bien qu'il s'agisse d'un seul homme, c'est pour inciter les gens à faire comme lui -dans le but d'obtenir la récompense qu'il a obtenue - et pour rappeler que la nature des Croyants devrait être tellement soucieuse de la piété, de la bienfaisance et du secours envers les pauvres, que même quand ils sont en train de faire la Prière, ils ne devraient pas ajourner l'accomplissement d'une action de bienfaisance - qui ne supporte aucun retard- jusqu'à la fin de leur Prière.»(68)

Citant al-Kalbî, et parlant des circonstances de la Révélation de ce Verset : «Vous n'avez pas de Maître en dehors d'Allah et de Son Prophète, et de ceux qui croient : ceux qui s'acquittent de la Prière, ceux qui font l'aumône tout en s'inclinant humblement», al-Wâhidî a écrit:

«La fin de ce Verset concerne 'Alî (que la Satisfaction d'Allah lui soit acquise), car il a donné sa bague à un mendiant pendant qu'il se trouvait dans la phase d'Inclination de sa Prière.»(69)

Un grand nombre d'ouvrages de tafsîr et de hadith ont affirmé que ce Verset a été révélé à propos de 'Alî. Pour plus de détails concernant ces livres, le lecteur peut consulter l'Annexe n° 4, à la fin de cet ouvrage.

Autres Versets

Il y a de nombreux Versets - dont le texte et l'explication ne sauraient être contenus dans le cadre de notre présente recherche- qui parlent de la position des Ahl-ul-Bayt, de leur honorabilité, et de la grandeur de leur personnalité. Quelques-uns d'entre eux concernent le père de cet arbre béni, l'Imam 'Alî. Le lecteur peut les trouver dans les livres de tafsîr, de hadith et les biographies, dans les chapitres relatifs aux "circonstances de la Révélation". Nous mentionnons ci-après quelques-uns de ces Versets:

1) «Tu n'es qu'un Avertisseur. Un Guide est donné à chaque peuple.» (Sourate al-Ra'd, 13 : 7)

Il est dit à ce propos que le Prophète a posé sa main sur sa poitrine et a dit : «Je suis un Avertisseur, et le Guide de tout peuple.» Puis, pointant sa main vers l'Imam 'Alî, il a ajouté : «Tu es celui qui guide, ô 'Alî ! C'est par toi que seront guidés les Croyants après moi(70)

2) «Le Croyant serait-il semblable au pervers? Ils ne sont pas égaux!» (Sourate al-Sajdah, 32 : 16)

Dans ce Verset, 'Alî est désigné comme le Croyant, et al-Walid ibn 'Oqbah comme le pervers.(71)

3) «Celui auquel une Preuve de son Seigneur a été donnée peut-il rester dans le doute ? D'autant plus qu'un Témoin venu de la part de son Seigneur lui communique ceci.» (Sourate Hûd,11 : 17)

C'est au Prophète qu'une Preuve de son Seigneur a été donnée, et c'est l'Imam 'Alî qui est le Témoin(72).

4) «... Sachez qu'Allah est son Maître, et qu'il a pour soutien Jibrîl et tout homme juste parmi les Croyants...» (Sourate al-Tahrîm, 66 : 4)

Le Juste parmi les Croyants, c'est 'Alî ibn Abî Tâlib(73)

5) «... et qu'une oreille attentive le retienne.» (Sourate al-Hâqqah, 69 : 12)

Selon de nombreux témoignages, lorsque le Prophète a récité ce Verset, en se tournant vers 'Alî pour lui dire : «J'ai demandé à Allah que ce soit ton oreille» 'Alî répondit : «Je n'ai jamais oublié quelque chose que j'avais entendu du Messager d'Allah.»(74)

Selon al-Wâhidî, parlant des circonstances de la Révélation de ce Verset, on rapporte ce hadith, qui remonte à Buraydah:

«Le Messager d'Allah a dit à 'Alî: "Allah m'a ordonné de te rapprocher de moi et de ne pas t'en éloigner, de t'apprendre et de te faire retenir, et Allah a voulu que tu retiennes. C'est pourquoi ce Verset a été révélé : "... et qu'une oreille attentive le retienne."»

6) «... Le Miséricordieux accordera Son Amour à ceux qui auront cru et qui auront accompli des oeuvres bonnes.» (Sourate Maryam, 19: 96)

Selon les hadith, le Messager d'Allah a dit à l'Imam 'Alî :

«O 'Alî ! Dis : "O Allah ! Garde pour moi un Pacte chez Toi, et suscite dans les poitrines des Croyants un amour pour moi."» C'est dans ces circonstances qu'Allah a révélé ce Verset relatif à 'Alî.»(75)

7) «Quant à ceux qui croient et qui accomplissent des oeuvres bonnes, voilà le meilleur de l'humanité.» (Sourate al-Bayyenah, 98 : 7)

Selon des hadith concordants, le Prophète dit à l'Imam 'Alî, à ce propos : «Ceux-là sont toi-même et tes Chi'ites.»(76)

8) «Placerez-vous celui qui donne à boire aux Pèlerins et qui est chargé du service de la Mosquée Sacrée, au même rang que celui qui croit en Allah et au Jour Dernier ?...» (Sourate al-Tawbah, 9 : 19)

Selon les hadith, sont visés dans ce Verset, d'une part Talhah et al-'Abbâs -désignés par le premier terme de la comparaison-, et d'autre part l'Imam 'Alî -comme celui qui croit.(77)

 


AHL-UL-BAYT DANS LA SUNNAH DU SAINT PROPHETE

 
Quiconque lit attentivement la Sunnah du Prophète et sa biographie pratique, et observe ses rapports avec les Gens de sa Maison ('Alî, Fâtimah et leurs deux fils)(78), comprend que ces "Gens de la Maison" ont un rôle et une responsabilité missionnaires et civilisateurs uniques dans l'histoire de cette Ummah, rôle et responsabilité que, sur Ordre d'Allah, le Prophète planifiait, et à l'acceptation desquels il préparait la Communauté musulmane.

Cette planification à long terme a commencé lorsque Allah a donné l'Ordre à Son Messager de marier sa fille Fâtimah à l'Imam 'Alî ibn Abî Tâlib, pour former un lignage béni dont les ramifications s'étendraient aux horizons de la Ummah, et côtoieraient son cheminement historique.

En effet, le Prophète a dit à l'Imam 'Alî, lorsqu'il lui a annoncé son intention de lui accorder la main de Fâtimah : «Allah m'a ordonné de te marier à Fâtimah pour un "mahr"(79)de quatre cents "Mithqâl"(80)d'argent, si tu y consens.» 'Alî répondit : «J'y consens, ô Messager d'Allah !» Selon Ibn Anas, le Prophète dit alors: «Qu'Allah vous unisse, qu'Il rende heureuse votre destinée, qu'Il vous bénisse et fasse sortir de vous une Descendance nombreuse et bonne.» Et Anas de commenter : «Par Allah ! Il a effectivement fait sortir d'eux une Descendance nombreuse et bonne !»(81)

Selon un autre hadith, lorsque le Prophète a marié Fâtimah à 'Alî, il est entré chez elle et l'a appelée. Umm Ayman(82) a alors apporté un récipient dans lequel il y avait de l'eau. Le Prophète a pris un peu d'eau dans sa bouche, et il l'a soufflée sur la tête de Fâtimah et entre ses deux seins, en prononçant cette Imploration : «O Allah! Je la place, ainsi que sa Descendance, sous Ta Protection contre Satan le Réprouvé.» Puis, s'adressant à 'Alî, il lui dit : «Apporte-moi de l'eau.» Lorsque 'Alî lui en eut apporté, il lui en jeta un peu sur la tête et entre les deux épaules, en prononçant cette Imploration : «O Allah ! Je le place, ainsi que sa Descendance, sous Ta Protection contre Satan le Réprouvé.»

Selon un autre récit «Il demanda de l'eau, avec laquelle il fit ses ablutions, puis il versa un peu d'eau sur 'Alî et Fâtimah en disant : "Félicite-les pour leur Postérité."»(83)

Il est établi que le Prophète repoussait systématiquement les requêtes de tous ceux qui se présentaient pour demander la main de Fâtimah, en leur disant : «Le Décret Divin n'est pas encore descendu.»(84)

Cette Volonté d'Allah et de Son Prophète de marier Fâtimah à 'Alî sur Ordre Divin montre clairement la position particulière des Ahl-ul-Bayt, et laisse à penser comment le Prophète s'occupait déjà de l'avenirde la Ummah, à travers cette relation entre lui et les Ahl-ul-Bayt.

En examinant les hadith du Prophète concernant Ahl-ul-Bayt, nous pourrons peut-être percevoir la profondeur et le but de cette Volonté Divine et Prophétique visant à fonder cette Maison bénie, à la rendre aimée et vénérée, afin que la Ummah y voie un phare dans les moments difficiles et un axe de réunification lors des dissensions. C'est du moins ce que nous suggèrent les nombreux récits et hadith concernant ce sujet.

Le Prophète a fait sienne la Descendance de 'Alî et de Fâtimah en disant qu'elle constitue sa propre Descendance et sa propre Progéniture,comme cela est indiqué dans ce Verset coranique que nous avons déjà cité:

«Si quelqu'un te contredit après ce que tu as reçu en fait de Science, dit : "Venez ! Appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes..."» (Sourate Âl 'Imrân, 3 : 61)

Comme nous l'avons constaté, d'après les exégètes (mufassir) et les biographes, ceux qui sont désignés par le terme "nos fils" dans ce Verset, sont al-Hassan et al-Hussayn.

Le Prophète a confirmé à l'intention de la Ummah, à plusieurs reprises, cette vérité. Ainsi, il a dit : «Allah a placé la descendance de tout Prophète dans sa progéniture, mais Il a placé ma Descendance dans la progéniture de celui-ci [de l'Imam `Alî](85).

Le Prophète avait l'habitude de couver al-Hassan et al-Hussayn, en disant : «Tout fils appartient à son père, car ils [les fils] prennent parti pour leur père ; excepté les fils de Fâtimah : car c'est moi qui suis leur père et leur parti pris.» (rapporté par Ahmad ibn Hanbal dans "Al-Manâqib"(86)

Tout laisse à penser que si le Prophète saisissait toute occasion pour mettre en évidence la position particulière des Ahl-ul-Bayt, c'est pour que la Ummah s'y réfère, suive leur Voie et s'attache à eux.

Selon plusieurs hadith attribués au Prophète, le Salut de la Ummah ce sont les Ahl-ul-Bayt, et le Messager d'Allah les associait au Livre d'Allah et rendait leur rôle doctrinal et missionnaire dans la Communauté musulmane inhérent au Saint Coran, inséparable de lui, et ce afin qu'elle fasse appel à eux pour bien comprendre la Parole d'Allah et pour déduire les significations et les statuts qu'elle renferme.

Les recueils de hadith et les biographies font tous mention du célèbre hadith dénommé "Hadith al-Thaqalayn", que les Musulmans de tous dogmes politiques et jurisprudentiels ont rapporté, ainsi que d'autres hadith concernant ce sujet. Nous les mentionnons ci-après, en précisant aussi quelques-unes de leurs références (Sanad) telles qu'elles ont été transmises par les rapporteurs de hadith et les historiens.

Hadith al-Thaqalayn

«Je suis sur le point d'être rappelé [par Allah] et de répondre [à ce rappel]. Je vous laisse les Thaqalayn [les deux Poids] : le Livre d'Allah et ma Famille, les Gens de ma Maison. Celui Qui est Doux [Allah] m'a informé qu'ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils reviennent vers moi près du Bassin [jusqu'au Jour du Jugement]. Regardez donc bien comment vous les traiterez après moi.»(87)

Selon al-Chibrâwî al-Châfi'î, dans son livre "Al-At-hâf bi-Hobb al-Achrâf": «Muslim, al-Tirmithî... et al-Hâkim... ont rapporté ce témoignage de Zayd ibn al-Arqam : "Un jour, le Messager d'Allah a prononcé un discours au milieu de nous. Après avoir loué et remercié Allah, il a dit : "O gens ! Je suis un être humain. Bientôt, un Messager de mon Seigneur viendra, et je répondrai. Je vous laisse les [deux] Thaqalayn : le premier est le Livre d'Allah, dans lequel il y a la Bonne Orientation et la Lumière. Prenez donc le Livre d'Allah et attachez-vous y fermement !" Et il ajouta : "Et les Gens de ma Maison. Je vous rappelle Allah par les Gens de ma Maison !"»(88)(64)

Toujours selon al-Chibrâwî :

«Et selon une autre version "Je vous laisse deux choses: si vous les suivez, vous ne serez jamais égarés. Ce sont le Livre d'Allah et les Gens de ma Maison [selon un autre récit : "ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils viennent vers moi près du Bassin. Regardez donc bien comment vous les traiterez après moi"]."»(89)

Al-Chibrâwî a écrit également:

«Ibn Hajar a dit, dans "al-Çawâ'iq" : "Le Prophète a dénommé "Thaqalayn" le Coran et sa Famille, car le "Thaqal" est toute chose de première importance et envers laquelle on a beaucoup de gratitude. Or, ces deux-là le sont aussi, car chacun d'eux est le "métal" [la substance même, l'essence] des Sciences religieuses et des Secrets rationnels légaux. C'est pourquoi il a incité à suivre leur exemple. On dit aussi qu'ils ont été appelés "al-Thaqalayn" à cause de l'obligation de respecter leurs droits. Et puis, celui des deux sur lequel l'accent a été mis représente ceux qui connaissent le Livre d'Allah et qui sont très attachés à la Sunnah de Son Messager, car ce sont eux qui ne se séparent pas du Livre jusqu'au Bassin"»(90)

Al-'Allâmah al-Chaykh Muhammad Jawâd al-Balâghî a écrit, dans son tafsîr "Alâ' al-Rahmân fî Tafsîr al-Qur'ân":

«... ainsi que ce hadith al-Thaqalayn, qui est un hadith concordant et absolument sain, rapporté par nos Frères de rites sunnites dans leurs recueils en attribuant sa source aux Compagnons qui l'avaient entendu de la bouche de Prophète : "Je vous laisse les Thaqalayn, ou les Khalifatayn [les deux Successeurs] : le Livre d'Allah et ma Famille, les Gens de ma Maison. Tant que vous vous y attacherez, vous ne serez jamais égarés. Car ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils viennent vers moi auprès du Bassin."»(91)

Voici les noms des Compagnons qui entendirent ce hadith de la bouche du Messager d'Allah:

1- 'Alî, Amîr al-Mu'minîn

2- 'Abdullâh ibn 'Abbâs

3- Abû Tharr al-Ghifârî

4- Jâbir al-Ançârî

5- 'Abdullâh ibn 'Umar

6- Huthayfah ibn 'Usayd

7- Zayd ibn al-Arqam

8- 'Abdur-Rahmân ibn 'Awf

9- Dhomayrah al-Aslamî

10- 'Açim ibn Laylî

11- Abû Râfi'

12- Abû Hurayrah

13- 'Abdullâh ibn Hantab

14- Zayd ibn Thâbit

15- Umm Salma

16- Umm Hânî [la soeur d'Amîr al-Mu'minîn 'Alî]

17- Khozaymah ibn Thâbit

18- Sahl ibn Sa'd

19- 'Adî ibn Hâtam

20- 'Uqbah ibn 'Amer

21- Abû Ayyûb al-Ançârî

22- Abû Sa'îd al-Khidrî

23- Abû Charîh al-Khizâ'î

24- Abû Qodâmah al-Ançârî

25- Abû Laylâ

26- Abû Haytham ibn al-Tayhân

Chacun des dix derniers personnages mentionnés ci-dessus (à partir du n° 17) a, individuellement et comme les précédents, rapporté ce hadith, avant de se réunir sur la grand-place de Kûfâ, avec sept personnes de Quraych, pour témoigner ensemble qu'ils avaient tous entendu ce hadith de la bouche du Prophète ; ce qui porte donc à trente-trois (vingt-six plus sept) le nombre de personnes ayant déclaré avoir entendu prononcer ce hadith.

Ce hadith est également mentionné par Abû No'aym al-Içfahânî, dans "Manqabat al-Mutah-harîn", d'après la chaîne de Jubayr ibn Mat'am et celle d'al-Barâ' ibn 'Azib. Il est aussi relaté par Mawaffaq ibn Ahmad (le plus célèbre tribun de Khawârizm, citant 'Amr ibn al-'Aç. Il est rare qu'un Musnad(92) ou un Jâmi'(93) ou un livre d'hagiographie sunnite ne mentionne pas ce hadith, et ce depuis qu'il a été transmis de la mémoire des mémorisateurs aux Çuhûf (journaux) des traditionnistes, dans lesquels il est rapporté d'un Compagnon ou plus, et parfois de plus de vingt Compagnons, soit brièvement -comme dans "al-Çawâ'iq", ou accompagné des chaînes détaillées de transmetteurs, comme dans les oeuvres d'al-Sakhâwî, d'al-Çiyûtî, d'al-Samhûdî et de bien d'autres.

Toujours selon al-Balâghî :

«Les Imamites [les Chi'ites] l'ont aussi relaté dans leurs livres, en mentionnant leurs chaînes de transmetteurs concordantes, remontant à al-Bâqir(94), al-Redhâ(95), al-Kâdhim(96)et al-Çâdiq(97), qui citaient leurs pères citant le Messager d'Allah, ainsi que d'autres chaînes remontant à Amîr al-Mu'minîn ['Alî ibn Abî Tâlib], 'Umar, Ubay ibn Jâbir, Abû Sa'îd, Zayd ibn al-Arqam, Zayd ibn Thâbit, Huthayfah ibn 'Usayd, Abû Hurayrah et bien d'autres, citant le Messager d'Allah(98)

.

D'après al-'Allâmah al-Fairûzabâdî, le hadith de Thaqalayn a été relaté par : Muslim dans son "Çahîh", Ahmad ibn Hanbal dans son "Çahîh" (tome IV, p. 366), al-Bahayqî dans ses "Sunan" (tome II, p. 148 et tome VII, p.30) al-Darâmî dans ses "Sunan" (tome II, p. 45 et tome VII p. 102), al-Tahâwî dans "Muchkil al-Athâr" (tome IV, p. 368), al-Tirmithî dans son "Çahîh"tome II, p. 308), Ibn al-Athîr al-Jazarî dans "Asad al-Ghâbah" (tomeII, p. 12), al-Çiyûtî dans "al-Dur al-Manthûr" en marge du tafsîr (exégèse) du Verset d'al-Mawaddah (Sourate al-Chûrâ). Il est égalementrelaté dans "Mustadrak al-Çahîhayn" (tome III, p. 109). L'a relatéégalement al-Nisâ'î (ou Nasâ'î) dans ses "Khaçâ'iç" (p. 21), et dans"Mustadrak al-Çahîhayn" (tome III, p. 148), ainsi que dans "MusnadAhmad ibn Hanbal" (tome III, p. 17) où il est rapporté du Prophète par Abû Sa'îd al-Khidrî :

«Je suis sur le point d'être rappelé et de répondre [à ce rappel]; je vous laisse les Thaqalayn : le Livre d'Allah - Il est Puissant et Glorifié- et ma Famille. Le Livre d'Allah, une corde tendue du Ciel à la terre, et ma Famille, les Gens de ma Maison. Celui Qui est Doux m'a informé qu'ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils reviennent vers moi auprès du Bassin. Regardez donc bien comment vous vous comporterez avec eux après moi.»

Ce hadith est relaté aussi par Ahmad ibn Hanbal dans son "Musnad" (tome IV, p. 371 et tome V, p. 181), Abû No'aym dans "Hulyat al-Awliyâ'" (tome I, p. 355), et "Kanz al-'Ummâl" (tome I, p. 96), al-Haythamî dans son "Majma'" (tome IX, p. 64 et tome IX, p. 163) et dans "al-Çawâ'iq al-Muhriqah" d'Ibn Hajar (p. 75).(99)

Il y a donc concordance des sources concernant aussi bien la signification que les termes de ce hadith qui associe les Ahl-ul-Bayt au Livre d'Allah. Cela constitue, également, une preuve incontestable pour les Musulmans de l'obligation de considérer les Ahl-ul-Bayt comme leur Référence après le Saint Coran, et comme les Gardiens du Livre d'Allah, jusqu'au Jour du Jugement.

Hadith al-Safînah(100)

Si le hadith al-Thaqalayn place les Ahl-ul-Bayt aux côtés du Saint Coran, en raison de leur Charge de le protéger, de l'expliquer et d'éclairer ses équivoques, ses secrets et son contenu, le hadith al-Safînah indique à la Ummah qu'ils sont, après le Prophète, le Bateau de sa Délivrance et la source de son Salut. Par conséquent, ne pas monter à bord de ce Bateau conduirait les retardataires et les manquants au naufrage et au dépérissement; manquer de les suivre (les Ahl-ul-Bayt) équivaut à manquer le Bateau de sauvetage conduisant aux rivages de la Guidance et du Salut.

Selon Râfi', le serviteur d'Abû Tharr, cité par al-Chibrâwî al-Châfi'î:

«Un jour, Abû Tharr est monté sur le seuil de la Ka'bah et a tenu l'anneau de la porte, en s'écriant: "O gens ! Celui qui me reconnaît, tant mieux. Et celui qui ignore qui je suis, qu'il sache que je suis Abû Tharr ! J'ai entendu le Messager d'Allah dire: "Les Gens de ma Maison sont comme le Bateau de Nûh [Noé]. Celui qui y monta fut sauvé, et celui qui le manqua fut jeté dans le Feu." J'ai également entendu le Messager d'Allah dire: "Considérez que les Ahl-ul-Bayt sont par rapport à vous ce que la tête est au corps, et ce que les yeux sont à la tête, car le corps ne peut trouver le bon chemin que grâce à la tête, et la tête ne peut trouver son chemin que grâce aux yeux."»(101)

Selon Abû No'aym, citant Sa'îd ibn Jubayr, citant Ibn 'Abbâs, le Messager d'Allah a dit:

«Les Gens de ma Maison sont auprès de vous comme le Bateau de Nûh : celui qui est monté a été sauvé, et celui qui l'a manqué s'est noyé.»(102)

Toujours selon Abû No'aym:

«Ce hadith est relaté par al-Hâkim dans "Mustadrak al-Çahîhayn" (tome II, p. 343) en disant que ce hadith est sain (Çahîh) selon la condition de Muslim, et il est raconté par al-Muttaqî dans "Kanz al-'Ummâl" (tome VI, p. 216) et par al-Haythamî dans son "Majma'" (tome IX, p.168). Il est aussi relaté par Muhib al-Dîn al-Tabarî dans ses "Thakhâ'ir" (P. 20). Il est relaté par al-Khatîb al-Baghdâdî dans son "Ta'rîkh" (tome XII, p. 19).»(103)

Selon Abû No'aym encore, citant une chaîne remontant à Anas ibn Mâlik, qui a témoigné:

«Le Messager d'Allah a dit : "Moi et les Gens de ma Maison sommes comme le Bateau de Nûh : celui qui y est monté a été sauvé, et celui qui l'a manqué s'est noyé."»(104)

Abû No'aym écrit aussi, à propos de ce hadith :

«Il est également relaté par al-Çiyûtî dans "al-Dur al-Manthûr", à l'Appendice du tafsîr de cette Parole d'Allah: "Nous avons dit : "Entrez dans cette cité; mangez de ses produits à satiété, partout où vous voudrez; franchissez-en la porte en vous prosternant et dites: "Pardon !" Nous vous pardonnerons vos péchés..."»(105) avec ce commentaire: «Selon Ibn Chaybah, 'Alî ibn Abî Tâlib a dit: "Nous sommes pour cette Ummah comme le Bateau de Nûh et comme la porte du Pardon."»(106)

Encore et toujours selon Abû No'aym, rapporteur de ce hadith:

«Il est relaté par al-Muttaqî dans "Kanz al-'Ummâl" (tome VI, p. 216) dans la version suivante : "Les Gens de ma Maison sont pour vous comme le Bateau de Nûh: celui qui y est monté a été sauvé, et celui qui l'a manqué a péri; et comme la porte du pardon chez les Banî Isrâ'îl", et avec ce commentaire : "rapporté par al-Tabarânî, citant Abî Tharr."»(107)

Hadith al-Amân min al-Ikhtilâf(108)

Dans ce hadith, le Prophète explique le rôle doctrinal et politique des Ahl-ul-Bayt. En effet, le danger le plus grave qui menace la Ummah est toujours la division et le désaccord dans l'opinion et la tendance politique. Le Prophète craignait pour sa Ummah un tel malheur. Aussi travailla-t-il en vue de son unité et de sa cohésion idéologique et politique. Pour ce faire, il incita la Ummah à s'attacher aux Gens de sa Maison et à se référer à eux en cas de différend. C'est pour cela qu'il présentait les Ahl-ul-Bayt comme étant liés au Saint Coran, dont ils ne se sépareraient pas jusqu'au Jour du Jugement, et comme "l'arche de Nûh" et "la porte du Pardon". Et, dans le présent hadith, il les décrit comme étant le cadre rassembleur et l'axe unificateur de la Ummah, et indique que l'attachement à eux et la maeche sur leurs traces constituent une garantie contre les dissensions et les différends.

«De même que les étoiles sont une garantie pour les habitants de la terre contre la noyade, de même les Gens de ma Maison sont une garantie pour eux contre les désaccords.»(109)

Selon l'Imam 'Alî, cité par Muhib al-Dîn al-Tabarî:

«Le Prophète a dit: "Les étoiles sont une assurance pour les habitants des cieux : si elles venaient à disparaître, ceux-ci disparaîtraient également. De même, les Gens de ma Maison sont une assurance pour les habitants de la terre : s'ils venaient à disparaître, les habitants de la terre disparaîtraient aussi."»

Al-Tabarânî note que ce hadith a été rapporté par Ahmad ibn Hanbal dans "Al-Manâqib".(110)

Hadith al-Kisâ'

C'est le hadith que le Messager d'Allah a prononcé à propos de 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn lors de la descente du Verset de la Purification. Nous avons déjà parlé de ce sujet, des opinions de certains exégètes, et de quelques récits relatifs à ces Etres Purifiés, dans le chapitre précédent "Ahl-ul-Bayt dans le Saint Coran". Nous reviendrons ici sur cette question pour citer d'autres récits, qui nous permettront de mieux saisir la portée de ce hadith, et le but recherché par le Prophète lorsqu'il a mis en évidence de la sorte les Membres des Ahl-ul-Bayt.

Les "voies" et les "chaînes de transmetteurs" de ce hadith sont nombreuses, et se trouvent dans de nombreux livres de hadith et de tafsîr. Nous en citerons ci-après deux, mentionnées par Ibn al-Çabbâgh al-Mâlikî,et remontant à Umm Salma.

En ce qui concerne le récit rapporté d'Umm Salma, l'épouse du Prophète, l'imam Ahmad ibn Hanbal cite d'elle ce témoignage :

«Un jour, alors que le Messager d'Allah était dans ma maison, le serviteur a annoncé que 'Alî et Fâtimah étaient à la porte. Le Prophète m'a dit : "Lève-toi ! Ecarte-toi des Gens de ma Maison !" Je me suis levée et écartée vers un coin de la maison, tout proche. 'Alî et Fâtimah étaient accompagnés d'al-Hassan et d'al-Hussayn, qui étaient alors de petits garçons. Il a pris al-Hassan et al-Hussayn, les a mis dans son giron, et les a embrassés. Il a étreint 'Alî d'une main, Fâtimah de l'autre, et les a couverts d'un voile noir, en disant : "O Allah, avec Toi, et non pas en Enfer, moi et les Gens de ma Maison !" Umm Salma dit alors : "Et moi, ô Messager d'Allah ?" Il répondit "Et toi aussi [non plus]!"(111)

Et selon al-Wâjidî, dans son livre "Asbâb al-Nuzûl", citant une chaîne de transmetteurs qui remonte à Umm Salma :

«Le Prophète était un jour chez elle [chez Umm Salma]. Fâtimah est venue, avec une marmite contenant du riz cuit avec de l'huile. Lorsqu'elle est venue vers lui, il lui a dit : "Appelle ton mari et les deux enfants !" 'Alî, al-Hassan et al-Hussayn sont entrés et se sont assis, et ils ont commencé à manger, alors que le Prophète était assis sur un banc en pierre, avec sous lui un voile khaybarite [de Khaybar] (...) Le Prophète a enlevé le voile et les en a couverts, et il a dit : "O Allah ! Ce sont les Gens de ma Maison et mes Proches. Eloigne donc d'eux la souillure et purifie-les totalement."» Umm Salma ajoute : «J'ai fait pénétrer ma tête [sous le voile] et j'ai dit : "Et moi avec vous, ô Messager d'Allah ?" Le Messager d'Allah a répondu : "Tu es bien [là où tu es]." Alors, Allah a révélé: "O vous, les Gens de la Maison ! Allah veut seulement éloigner de vous la souillure, et vous purifier totalement."»(112)

Hadith al-Mawaddah

Nous avons déjà parlé de ce hadith aussi, lorsque nous avons abordé le tafsîr du Verset d'al-Mawaddah, et nous avons mentionné certains de ses rapporteurs et quelques-unes de ses chaînes de transmetteurs.

Toutefois, il n'est pas inutile d'en reparler pour citer d'autres hadith qui s'y rattachent et qui confirment l'obligation d'aimer les Gens de la Maison du Prophète.

Selon al-Chaykh al-Chibrâwî al-Châfi'î:

«L'imam Ahmad, al-Tabarânî et al-Hâkim ont rapporté d'Ibn 'Abbâs ce témoignage : "Lorsque ce Verset : "Dis : "Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre amour envers les Proches"» a été révélé, on a demandé : "O Messager d'Allah ! Qui sont tes Proches envers qui l'amour nous est obligatoire ?" Le Messager d'Allah répondit: "'Alî, Fâtimah et leurs deux enfants."»

Selon al-Bazzâr et al-Tabarânî, un jour al-Hassan ibn 'Alî dit, dans un discours:

«Ceux qui me connaissent n'ont pas besoin que je me présente. Mais pour ceux qui ne me connaissent pas [je leur dis que] je suis al-Hassan ibn Muhammad(113)(89) Je suis le fils de l'Annonciateur de Bonnes Nouvelles ! Je suis le fils de l'Avertisseur ! Je suis le fils des Ahl-ul-Bayt envers qui l'amour a été rendu obligatoire par Allah à tout Musulman, et à propos desquels Il a révélé le Verset : "Dis: "Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre amour envers les Proches." A celui qui accomplit une belle action, Nous répondrons par quelque chose de plus beau encore."(114) L'accomplissement de belles actions, c'est l'amour envers nous, les Ahl-ul-Bayt."»(115)

Selon l'imam Abû-l-Hassan al-Baghwî, dans son ''Tafsîr'', et citant Ibn 'Abbâs:

«Lorsque cette Parole d'Allah: "Dis : "Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre amour envers les Proches" a été révélée, on a demandé au Prophète: "O Messager d'Allah! Qui sont ceux qu'Allah nous a ordonné d'aimer ?" Le Prophète répondit: "'Alî, Fâtimah et leurs deux fils."»

Selon al-Sady, citant Abû Mâlik, Ibn 'Abbâs, expliquant le sens cette Parole d'Allah: "A celui qui accomplit une belle action, Nous répondrons par quelque chose de plus beau encore" a dit:

«C'est [une belle action] l'amour envers les Âle Muhammad [la Famille du Prophète]»(116)

Quelques-uns des autres hadith concernant les Ahl-ul-Bayt

On ne le répète jamais trop: les hadith relatifs à l'affection et à l'amour dus aux Ahl-ul-Bayt, à l'obligation de leur obéir et de s'attacher à eux, sont trop nombreux pour être tous contenus dans cet ouvrage. Nous n'avons choisi ici qu'une partie de ceux qui figurent à une place de choix dans les recueils de hadith et de riwâyah(117).

Nous citerons ci-après quelques autres hadith relatifs à ce sujet, afin d'enrichir la connaissance du lecteur à propos des Ahl-ul-Bayt, de renforcer sa conviction quant à la nécessité de consolider son attachement envers eux, d'exalter son désir de suivre leurs traces, ce qui lui permettra d'avoir davantage de certitude de marcher sur le Bon Chemin.

1) - Selon al-Tabarânî, dans "Al-Awsat", Ibn Hajar a dit:

«La dernière chose que le Prophète a dite est ceci : "Trouvez, dans les Gens de ma Famille, ma Succession."»(118)

2) - Selon Jâbir ibn 'Abdullâh, cité par al-Tabarânî, dans "Al-Awsat":

«J'ai entendu le Messager d'Allah dire, dans un discours : "Celui qui nous déteste, nous Ahl-ul-Bayt, Allah le traitera en Juif le Jour du Jugement."»(119)

3) - Selon Zayd ibn al-Arqam, cité par Muslim, al-Tirmithî et al-Nasâ'î, le Prophète a dit:

«Je vous rappelle Allah par les Gens de ma Famille.»(120)

4) - Selon l'Imam 'Alî, cité par al-Khatîb dans son "Ta'rîkh", le Prophète dit:

«Mon intercession en faveur de ma Ummah dépend de l'amour [qu'elle éprouve] envers les Gens de ma Maison.»(121)

5) - Comme on peut le constater, chaque fois que le Prophète évoquait les Ahl-ul-Bayt, il nous permettait d'apprendre une nouvelle qualité de leur Vertu. Le hadith suivant du Prophète est, à cet égard, très significatif et révélateur de la position incomparable et inégalable des Ahl-ul-Bayt:

«Personne ne peut se mesurer à nous, Ahl-ul-Bayt.»(122)

6) - Dans un autre hadith, le Prophète ne se contente pas de recommander à ses contemporains de prendre conscience de la position élevée des Ahl-ul-Bayt de la première génération, mais il appelle ses adeptes à s'attacher aux générations suivantes des Gens de sa Famille:

«Nous sommes les Gens d'une Famille [Maison] pour lesquels Allah a préféré l'Autre Monde à ce bas-monde. Les Gens de ma Famille connaîtront après moi... des difficultés et le bannissement, jusqu'au jour où des gens viendront de là-bas [en pointant le doigt vers l'Orient]portant des drapeaux noirs. Ils réclameront le Bon Droit, mais on le leur refusera. Ils se battront alors, et triompheront. On leur offrira ce qu'ils auront voulu, mais ils le refuseront et ce, jusqu'à ce qu'ils la [la Direction du Soulèvement] confient à un homme des Gens de ma Famille, lequel la [la terre] remplira de Justice, comme elle aura été remplie d'injustice. Que ceux qui auront connaissance de leur Soulèvement les rejoignent, même s'ils devaient se traîner sur la neige.»(123)

7) - Ailleurs, le Prophète prévient la Ummah du Châtiment terrible qui attend quiconque ferait du mal aux Ahl-ul-Bayt, et montre par là leur position incommensurable:

«La Colère d'Allah sera plus grande contre quiconque me fera du mal à travers ma Famille.»(124)

8) - Selon l'Imam 'Alî, l'Envoyé d'Allah a dit:

«Inculquez à vos enfants trois qualités : l'amour de votre Prophète, l'amour des Gens de sa Famille et la lecture du Coran, car les porteurs [mémorisateurs] du Coran seront à l'ombre d'Allah -le Jour où il n'y aura pas d'autre ombre que la Sienne- aux côtés de Ses Prophètes et de Ses Serviteurs Purs.»(125)

9) - Selon Ibn 'Abbâs, cité par al-Tabarânî, le Messager d'Allah a dit:

«Aucun serviteur n'aura fini de rendre ses comptes avant que quatre questions lui aient été posées: comment il a passé sa vie, comment il a occupé son corps, comment il a gagné et dépensé son argent, quelle affection il éprouve envers nous Ahl-ul-Bayt.»(126)

10) - Enfin, dans le hadith suivant, le Prophète tient une fois de plus à suggérer aux Musulmans d'établir dans leur esprit un lien inséparable entre le Saint Coran et les Gens de sa Famille, afin qu'ils comprennent clairement que ces derniers détiennent le contenu du Livre d'Allah, sa Vérité et sa Signification: selon al-Tabarânî, citant al-Muttalib ibn 'Abdullâh ibn Hantab, citant son père, le Prophète a dit, dans un discours prononcé à Jahfah:

«Ne suis-je pas plus responsable de vous que vous-mêmes ?

-Si, ô Messager d'Allah» répondirent les présents.

- Je vous demande donc - dit-il alors - deux choses: [de vous attacher au] le Coran et [aux]les Gens de ma Famille.»(127) 



LE SAINT CORAN VU PAR LES ULEMA(128) DE L'ECOLE D'AHL-UL-BAYT

 
«Nous avons fait descendre le Rappel; Nous en sommes les Gardiens.» (Sourate al-Hijr, 15 : 9)

Le Saint Coran, ce Livre d'Allah et Sa Révélation descendue sur Son Noble Prophète, Muhammad ibn 'Abdullâh, et protégé par Lui contre toute altération et toute déformation, cette Révélation Divine et Sacrée restée toujours intacte, et dans laquelle «l'erreur n'a pu se glisser de nulle part», demeure encore aujourd'hui exactement comme il a été révélé au Messager d'Allah, sans ajout ni retranchement.

Le Saint Coran est la Source de la Législation, et sa Matière. Il est la Balance de la Sunnah, et le Critère de la compréhension et de la pensée. Il est l'Origine de la Civilisation et du Savoir islamiques, ainsi que la Mère du Bienfait et du Bonheur de l'humanité.

Les Musulmans ont transmis de génération en génération cette Révélation Divine, exactement comme elle avait été communiquée au Prophète par l'Ange Jibrîl (Gabriel), et avec une fidélité qui ne souffre aucune contestation. C'est du moins l'avis unanime de tous les Musulmans, toutes Ecoles confondues. Les Musulmans sont également tous d'accord pour rejeter et démentir les récits douteux et intrus qui s'écartent de cette unanimité.

Le grand mufassir (exégète), auteur de "Majma' al-Bayân fî Tafsîr al-Qur'ân", le Savant al-Chaykh Abû 'Alî al-Fadhl ibn al-Hassan al-Tabarsî(129), dont le tafsîr susmentionné est considéré comme une source et une référence pour les uléma et les exégètes, a écrit à ce propos:

«Quant à insinuer que le Coran comporte des rajouts et des suppressions, cela ne mérite même pas d'être pris en considération. Car pour ce qui concerne un rajout dans le Coran, c'est unanimement écarté. Quant aux choses qui y manqueraient, certains de nos adeptes, et d'autres parmi les "Hachwiyyah"(130)ont dit qu'il y a dans le Coran une modification ou une omission. Or, en réalité, notre Ecole juridico-religieuse(131)s'oppose à cela [à cette allégation]. C'est ce qu'a soutenu al-Murtadhâ(132) (Qu'Allah sanctifie son âme). Il a traité de ce sujet d'une façon complète et détaillée dans "Jawâb al-Masâ'il al-Tarabulsiyyât". Il a affirmé à ce propos que la certitude de l'exactitude de la transmission du Coran est comme la certitude quant à la connaissance des pays, des événements importants, des faits notables, des livres et des poèmes célèbres des Arabes... En effet, la transmission fidèle du Coran a été faite avec une motivation et avec un soin extrêmes, qui n'ont été atteints dans aucun des autres domaines que nous venons de citer, car le Coran était le Miracle de la Prophétie, la Source des sciences législatives et des statuts religieux. Les Savants Musulmans l'ont mémorisé et protégé à un tel degré qu'ils ont appris le moindre détail controversé concernant son analyse grammaticale et logique, sa lecture, ses lettres et ses Versets. Dès lors, comment serait-il possible qu'il y ait changement ou omission dans ce Coran malgré tous ces soins minutieux et tout ce souci méticuleux d'exactitude...

«Notre connaissance du tafsîr du Coran et de ses détails, et de l'exactitude de sa transmission, est pareille à notre connaissance de sa globalité.Ce qui s'est passé avec le Coran sur ce plan est identique à ce qu'on a appris nécessairement sur les livres classiques célèbres, comme les livres de Sibawayh et d'al-Moznî. En effet, les spécialistes de ces livres les connaissent si bien, globalement et aussi dans les détails, que si un élément étranger au livre de Sibawayh était introduit dans une section de la grammaire, cela se saurait, serait mis à l'écart, et on saurait que ce détail a été ajouté et ne fait pas partie du texte originel. Il en va de même pour le livre d'al-Moznî. Or, on sait que le soin avec lequel on a transmis dans l'exactitude le Coran est bien plus grand que le soin mis pour assurer l'exactitude du contenu du livre de Sibawayh et des recueils des poètes classiques... Le Coran a été compilé et trans