INTERVIEW AVEC CHEIKH THIERNO BARRO DE KAYES "LES SUNNITES RACONTENT DES CONTES DE FÉES POUR DÉTOURNER LE SENS DE L'ÂCHOURA"

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INTERVIEW AVEC CHEIKH THIERNO BARRO DE KAYES "LES SUNNITES RACONTENT DES CONTES DE FÉES POUR DÉTOURNER LE SENS DE L'ÂCHOURA"

La Sakina-Achoura : Assalamou alaykoum Éminent Cheikh Barro!
Après Ghadir, nous entrerons bientôt dans le mois de Moharram. Qu'est-ce que ce mois vous inspire?

Cheikh Thierno Barro : Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, notre Seigneur suprême. 
J'invoque tout d'abord les prières divines sur la meilleure des créatures, le très sanctifié Prophète Mouhammad envoyé comme miséricorde à l'univers entier, ainsi que sur les membres purifiés de sa sainte famille. 
Je remercie le journal "La Sakina-Achoura" et son Directeur Amadou Diallo ainsi que tous ses collaborateurs de m'avoir choisi pour parler du mois de Moharram et de la grande tragédie qui le marque.
Moharram fait partie des mois sacrés pendant lesquels Allah, dans Sa Majesté, a interdit les guerres, les tueries. Il est important de noter que même pendant la période anté-islamique, les mécréants eux-mêmes évitaient durant ce mois les conflits, attitude qu'ils observaient scrupuleusement. Mais le mois de Moharram revêt une spécificité que je détaillerai, si Dieu le veut, à travers vos questions.

La Sakina-Achoura : Voulez-vous, Cheikh, nous indiquer le fondement coranique de cet interdit divin que vous venez d'évoquer ?

Cheikh Thierno Barro : Oui, dans le saint Coran, Allah proclame : "Oui, le nombre des mois, auprès de Dieu est de douze mois, dans la prescription de Dieu...Quatre d'entre eux sont sacrés....; durant ces mois, ne vous manquez donc pas à vous-mêmes..." (sourate 9, verset 36).

La Sakina-Achoura : Et pourtant, c'est durant bien Moharram que se déroula la plus grande tragédie de l'humanité...

Cheikh Thierno Barro : Ce qui s'est passé à Karbala en l'an 61 de l'Hégire dépasse toutes les horreurs; aucun superlatif ne peut rendre le crime odieux dont la victime principale n'est autre que le petit-fils du noble Prophète Mouhammad (sawas).

La Sakina-Achoura : Vous parlez de tragédie en sous-entendant sûrement Âchoura, alors que d'autres récits parlent de moments de rejouissance concernant le même évènement...

Cheikh Thierno Barro : Laissez-moi vous dire, wal-Lâhi, que les sunnites racontent des contes de fées pour tromper, endormir les esprits simples pour détourner de la tragique réalité. Que disent-ils? Ils racontent trop de choses, mélangeant joie et tristesse. Ils  prétendent, entre autres, que le repentir de notre ancêtre Adam a été agréé par Allah le jour de l'Âchoura. Faux, c'est à Arafat que le repentir d'Adam a été accepté par Allah. Ils disent que Nabi Ismaïl a été sauvé de l'égorgement pour être remplacé par un bélier le jour de l'Âchoura. Rien n'est plus faux, ce sacrifice commué en un bélier a eu lieu le 10 Zoul-HIJJA. Et ils enchaînent des contrevérités flagrantes,sqns qivun scrupule, en disant que le prophète Moussa a été sauvé de Pharaon le jour d'Âchoura; que le prophète Younous a été libéré du ventre de la baleine le même Âchoura; de même le prophète Louth, et patati, et patata.  Rien que des sornettes, des mensonges éhontés.  Ils déversent tous ces mensonges dans leurs tentatives désespérées de détourner les esprits du crime énorme, abominable, qui ne devrait pas être perpétré en islam mais qui le fut pourtant. Les sunnites racontent beaucoup de faussetés que le bon sens ne peut  admettre, encore moins croire. En comparant leurs récits édulcorés au vrai fait historique, l'on comprend aisément que ce ne sont que des manœuvres dilatoires qui ne résistent à rien. Ceux qui ont commandité le crime qu'ils veulent cacher à tout prix ont cherché tout simplement à se donner bonne conscience. Mais la vérité historique les rattrapera toujours.

La Sakina-Achoura : Et quelle est cette vérité historique ? Et qui sont les commanditaires du crime dont vous parlez ?

Cheikh Thierno Barro : Les falsificateurs de l'histoire sont les adeptes de Mouawiya et de son fils Yazid qui sont les commanditaires du meurtre inouï de l'Imam Al-Hussein. Il faut savoir qui est Al-Hussein. C'est le petit-fils du Prophète, et pas n'importe quel petit-fils.
Le Messager d'Allah a montré que le connaître dans son essence vaut plus que la prière et d'autres actes. Nous savons bien que la prière est d'obligation rituelle. Or, quand Al-Hussein entre dans la mosquée et que, à trois ans, il monte sur les épaules de son glorieux grand-père en prosternation, celui-ci ne se relève que lorsqu'il descend de lui-même. Combien de fois les compagnons ont interrogé le prophète sur Al-Hassan et Al-Hussein ? Faut-il mentionner qu'ils sont les fils d'Ali et de Fâtimatou et que le noble Prophète avait fermé toutes les portes donnant accès à la mosquée, à l'exception notoire de celle des parents d'Al-Hassan et d'Al-Hussein ?
Or, c'est c'est Hussein, et aussi des membres de sa famille et ses compagnons, qui ont été massacrés à Karbala avec une atrocité telle su'il n'en avait jamais eu lieu. Hussein, particulièrement, a été tué si ignoblement que cela dépasse la dimension de la tragédie, en arabe c'est le degré de "fadjiaa, al fadjiatou" que je ne peux rendre correctement en français; il faut y entendre une calamité si énorme qu'on à peine à la croire. Du jamais vu comme crime! 
Mais le sacrifice n'est pas vain, il sert et servira toujours de révélateur et de catalyseur pour l'islam authentique. C'est pourquoi l'Imam Dja'afar Sadiq (as), sixième de la lignée prophétique, a dit à juste titre que l'islam est certes de naissance mohamadienne mais qu'il est d'éternité husseinite.

La Sakina-Achoura : Paroles profondes que nous vous demandons d'expliciter pour nos lecteurs.

Cheikh Thierno Barro : N'eût-été le sacrifice d'Al-Hussein et des siens qui ont donné leur sang, c'est un islam édulcoré, dévoyé, complètement sorti de sa pureté, qui nous serait parvenu. En effet, Yazid, ses proches, ses soldats, étaient arrivés à un si degré de pourrissement que la religion n'avait plus rien de vertueux. Yazid venait faire prier, fajr par exemple, étant carrément ivre, en effectuant des nombres de rakats démesurés, 10, 100, et nul n'osait lui en faire des remarques, à fortiori des reproches. L'alcool, la musique satanique, la débauche, voilà qui étaient courants, comme si la perversité était devenue la règle de vie du musulman. Quand vous comprenez cette atmosphère, vous verrez bien que sans le sacrifice de l'Imam Al-Hussein, il ne resterait rien de l'islam authentique. Grâce au sang versé d'Al-Hussein et des siens,  les fidèles savent qu'il y a deux islams : l'un falsificateur et producteur de faux hadiths pour légitimer de fausses pratiques et justifier des conduites abhorrées, et l'autre demeuré sans dérives sur la voie tracée par le noble Prophète et préservé par les enseignements de ses descendants purifiés. 

La Sakina-Achoura : Parlez-nous d'Al-Hussein. 

CHeikh Thierno Barro : Le noble Prophète (sawas) a dit de lui : "Al-Hussein, misbâhoul houdâ wa saffînat Najat" ("Al-Hussein est la lumière de la guidance et l'arche du salut "). Rien que cette parole prophétique suffit à montrer sa grandeur et son statut de sauveur. Certes, tous les Infaillibles (as) sont des sauveurs, mais Saydina Al-Hussein est, pour utiliser les expressions populaires de la société, la voie express. Les autres Infaillibles l'expriment d'ailleurs ainsi en disant que "Tous nos navires font traverser avec quiétude, mais celui d'Al-Hussein est le plus rapide". Allâhou akbar!
N'écoutez donc jamais les inepties et les calomnies de ceux d'en face criant que les chiites aiment Al-Hussein mais ils n'ont pas d'estime pour Al-Hassan. Propos de débiles, de calomniateurs sans vergogne. 
La Sakina-Achoura : Et pourtant, Al-Hussein est plus commémoré que Al-Hassan et les autres membres de la demeure prophétique...

Cheikh Thierno Barro : Croyez-moi lorsque je vous dis qu'autant le Prophète aime ses petits-enfants, autant les chiites les adorent tous à un égal degré. Il y a seulement une différence d'ampleur dans les tragédies qui ont frappé les uns et les autres. Ce qu'Al-Hussein a subi n'est en rien comparable à ce que même des prophètes ont enduré. Il n'y a rien qui puisse égaler les malheurs faits à Al-Hussein. Laissez les sots se moquer bêtement. Arrêtons-nous ici pour dire une vérité amère que certains ne veulent pas entendre. Al-Hussein a été tué depuis la réunion de la saqifah, depuis que Abou Bakr et Oumar Ibn Khattab ont réussi à usurper le califat dans cette enceinte. Ce sont eux qui ont fonc d'abord préparé le terrain, par leur coup d'État, propice à l'assassinat odieux d'Al-Hussein (que la malédiction divine les couvre!).

La Sakina-Achoura : Quelle perte énorme pour  les meurtriers en amont et en aval d'Al-Hussein ! Quelle félicité pour ceux qui s'accrochent à lui!

Cheikh Thierno Barro : Je l'ai dit, le noble Prophète a indiqué ce que vaut Al-Hussein. Je vous invite à chercher à connaître son frère Abou Fadl Abbas qui, pour être allé à l'Euphrate chercher de l'eau pour Al-Hussein, ses femmes, ses enfants, ses compagnons, a eu les deux bras coupés.  Son mausolée est à  Karbala, à quelques 300 mètres  de celui de son illustre aîné. Triste histoire dont il faut s'approprier toujours, encore et encore. Les récits sont nombreux qui vous permettront de mieux cerner la tagique histoire qui continue d'endeuiller le noble Prophète et sa famille ainsi que tous les chiites à travers tous les temps. 

Propos recueillis par Ali Tolofoudié

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