(18 : 82) *Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux ; et leur père était un homme vertueux. Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu’ils extraient, [eux-mêmes] leur trésor, par une miséricorde de ton Seigneur. Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l’interprétation de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience. »*
Il ne serait pas étonnant de déduire du contexte que la ville mentionnée dans ce verset n’est pas la même que celle dans laquelle ils ont trouvé le mur qu’il a redressé. S’il s’agissait d’une seule et même ville, il n’y aurait pas eu besoin de dire que les deux orphelins étaient dans la ville. L’attention du lecteur/auditeur est attirée sur le fait qu’eux et ceux chargés de veiller sur eux n’étaient pas présents dans la ville.
Le fait de mentionner que les garçons étaient orphelins, qu’il y avait un trésor leur appartenant sous le mur, que si le mur s’effondrait, il serait exposé et perdu, et que leur père était juste, est un prélude et une introduction à l’affirmation *« Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu’ils extraient leur trésor »* et la clause *« par une miséricorde de ton Seigneur »* montre qu’il s’agissait de Sa volonté.
C’est par Sa miséricorde qu’Il (swt) a souhaité qu’ils atteignent leur maturité pour extraire leur trésor. Le fait qu’ils puissent extraire eux-mêmes leur trésor dépendait du redressement du mur par al-Khiḍr. La raison de la miséricorde de Dieu envers eux était la droiture de leur père. Il était mort en laissant un trésor à ses orphelins.
Il y a beaucoup de discussions relatives à la droiture de leur père et le trésor qui leur appartenait sous le mur, dont la signification apparente est que leur père l’avait thésaurisé. Cette controverse s’appuie sur la croyance que la thésaurisation est répréhensible selon le verset :
(9 : 34) *À ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans le sentier d’Allah, annonce un châtiment douloureux.*
Cependant, le verset ne mentionne que le fait qu’il y avait un trésor leur appartenant sous le mur, sans indiquer que c’était leur père qui l’avait enterré et amassé. De plus, le fait que leur père soit décrit comme étant vertueux est la preuve que, quel que soit ce magot, ce n’était pas quelque chose de répréhensible, en admettant que ce soit leur père qui l’ait thésaurisé. En outre, il est possible que leur père vertueux l’ait thésaurisé pour eux pour une bonne raison. Qu’est-ce qui pourrait être plus grave que de faire un trou dans un bateau et de prendre la vie d’une personne dont le sang ne doit pas être versé - deux choses qui apparaissent dans l’histoire et qui ont été rendues permissibles par une explication sur ordre divin ? Il y a quelques traditions orales pertinentes sur cette question ci-dessous, si Dieu le veut.
Il est prouvé dans ce verset que la droiture d’une personne peut permettre à ses enfants d’hériter d’un bel héritage et peut les rendre heureux et bons. Ainsi, ce verset - sur la bonté - est comparable à :
(4 : 9) *Que la crainte saisisse ceux qui laisseraient après eux une descendance faible, et qui seraient inquiets à leur sujet…*
*« Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l’interprétation (_taʾwīl_) de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience (_mā lam tasṭiʿ ʿalayhi ṣabran_). »*
C’est une allusion au fait que quoi qu’il ait pu faire, il l’avait fait sur l’ordre de Dieu et non parce qu’il l’avait lui-même décidé.
_Ma lam tasṭiʿ alayhi ṣabran_ veut dire la même chose que _mā lam tastaṭiʿ ʿalayhi ṣabran_ (*« ce que tu n’as pas pu endurer avec patience »*).
Il est expliqué au début de l’exégèse de la Sourate Ali Imran que, selon la convention Coranique, le _taʾwīl_ (*« interprétation »*) est la réalité que contient une chose, son origine et ce sur quoi elle se fonde, comme le _taʾwīl_ d’un rêve qui signifie son interprétation. Le _taʾwīl_ d’une règle signifie la raison de celle-ci. Le _taʾwīl_ d’une action signifie le bénéfice à l’accomplir et son véritable but. Le _taʾwīl_ d’un incident signifie la véritable raison de celui-ci etc.
*« Voilà l’interprétation de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience »* est une allusion d’Al-Khiḍr au fait que les justifications qu’il avait données pour les trois incidents et ses actes face à ces incidents étaient les véritables raisons de ceux-ci, et non les raisons apparentes qui, selon Moïse, pouvaient être liées aux actions d’Al-Khiḍr, à savoir causer la mort de ces gens en faisant un trou dans le bateau, tuer un garçon de manière injustifiée et ne pas considérer leur propre approvisionnement en redressant le mur.
Certains disent qu’un exemple de la remarquable politesse dont faisait preuve Al-Khiḍr envers son Seigneur lorsqu’il parlait était d’attribuer à lui-même les actions non exemptes de faute, comme *« Je voulais donc le rendre défectueux »*, et d’utiliser la première personne du pluriel pour désigner ce qui pouvait poliment être attribué à lui-même et à son Seigneur, comme *« nous avons craint »* et *« nous avons donc voulu »*. Il a également attribué à Dieu Seul tout ce qui lui était exclusif du fait qu’il était lui-même subordonné à Son statut de Seigneur (_rouboūbiyya_) et à Sa réglementation de ses biens (_tadbīr moulkihi_) ; par exemple *« Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité »*…
*DISCUSSION HISTORIQUE EN DEUX PARTIES*
*1. L’histoire de Moïse et d’Al-Khiḍr dans le Qour’an*
Dieu a révélé à Moïse qu’il y avait parmi Ses serviteurs quelqu’un qui avait une connaissance que Moïse n’avait pas. Il lui a dit que s’il se rendait à l’endroit où les deux mers se rejoignent, il l’y trouverait – c’est là que le poisson mort reviendrait à la vie ou serait perdu.
Moïse a pris la décision de rencontrer ce savant et d’acquérir éventuellement un peu de son savoir. Il a fait part de sa décision à son serviteur et ils se sont mis en route vers l’endroit où les deux mers se rejoignent. Ils ont pris un poisson mort avec eux et ont marché jusqu’à arriver au confluent des mers. Ils étaient fatigués. Il y avait un rocher au bord de la mer et ils s’y sont réfugiés pour se reposer un peu. Ils ont oublié leur poisson à cause de leur distraction.
Tout à coup, le poisson a bougé et est tombé dans la mer, revenu à la vie - ou bien il est tombé, encore mort, et a coulé. Le serviteur l’a observé, émerveillé par son exploit. Cependant, il a oublié d’en parler à Moïse jusqu’à ce qu’ils quittent l’endroit et dépassent l’endroit où les deux mers se rencontrent. Ils étaient épuisés et Moïse a dit alors : « Apporte-nous notre déjeuner, car nous sommes fatigués après un tel voyage. »
Le serviteur a alors rapporté l’incident du poisson dont il a été témoin et a dit à Moïse : « Quand nous avons pris refuge près du rocher, le poisson est revenu en vie et est tombé dans la mer, nageant jusqu’à plonger dans ses profondeurs. Je voulais t’en parler mais Shaytan m’a fait oublier. » Une autre version est : « J’ai oublié le poisson près du rocher ; il est tombé dans la mer et a coulé. »
Moïse a dit : « Voilà ce que nous cherchions. Retournons là-bas. » Puis, ils sont retournés sur leurs pas et ont trouvé un des serviteurs de Dieu à qui Dieu avait accordé une grâce de Sa part et à qui Il avait enseigné une science émanant de Lui-Même. Moïse a demandé à ce serviteur s’il pouvait le suivre, afin qu’il lui enseigne un peu de la bonne direction que Dieu lui avait appris.
Le savant lui a dit : « Vraiment, tu ne pourras pas endurer ce que tu verras de mes actes, dont la signification ne fait pas partie de tes connaissances. Comment endurerais-tu des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance ? » Moïse lui a donc promis d’être patient et de ne pas désobéir à ses ordres, si Dieu le veut. Suite à ce que Moïse lui a demandé et a promis, le savant dit à Moïse : « Si tu me suis, ne m’interroge sur rien tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »
Là-dessus, Moïse et le savant se sont mis en route avant d’embarquer sur un bateau avec d’autres passagers. Moïse n’avait aucune idée des intentions du savant. Le savant a alors fait un trou si grand dans le bateau qu’il allait inévitablement couler. Cela a choqué Moïse et lui a fait oublier ce qu’il avait promis, alors il a demandé au savant : « Est-ce pour noyer ses occupants que tu l’as ébréché ? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse ! » Le savant lui a répondu : « N’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? » Moïse s’est excusé en disant qu’il avait oublié sa promesse d’être patient : « Ne t’en prends pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part ; et ne m’impose pas de grande difficulté dans mon affaire. »
Ils ont continué un peu avant de rencontrer un garçon. Le savant l’a tué et Moïse n’a pu s’empêcher de s’indigner et de le condamner pour cela, en disant :
(18 : 74) *« As-tu tué un être innocent, qui n’a tué personne ? Tu as commis certes, une chose affreuse ! »*
Le savant lui a dit pour la deuxième fois :
(18 : 75) *« Ne t’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*
Tout ce que Moïse avait en guise d’excuse et pour l’empêcher de l’abandonner - ce dont son âme n’était pas satisfaite - était de lui demander de le laisser l’accompagner pour le moment. Il pourrait laisser Moïse s’il lui posait une autre question. Il a demandé une autre chance en disant :
(18 : 76) *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse,] alors ne m’accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi. »*
Le savant a accepté. Ils ont ensuite repris la route jusqu’à ce qu’ils arrivent à une ville. Comme ils avaient faim, ils ont demandé de la nourriture aux habitants, mais aucun d’entre eux n’était disposé à les accueillir comme invités. Ils sont alors tombés sur un mur sur le point de s’effondrer - ce que les gens craignaient - et le savant l’a redressé. Moïse lui a dit :
(18 : 77) *« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire.* [Ce qui aurait permis d’assouvir notre faim. Nous en avions besoin car les gens refusaient de nous inviter.] »
Le savant lui a alors dit :
(18 : 78-79) *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l’homme,] Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pu supporter avec patience. Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.*
(18 : 80) *« Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants ; nous avons craint qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.* [Cependant, la miséricorde divine s’est manifestée sur eux et Il m’a ordonné de le tuer afin qu’Il (swt) puisse le remplacer par un enfant plus pur et plus attentionné. Je l’ai tué comme Il (swt) me l’avait ordonné.]
(82) *Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux ; et leur père était un homme vertueux.* [Et c’est ainsi que la miséricorde divine s’est déversée sur eux en raison de la droiture de leur père ; Dieu m’a ordonné de redresser le mur afin qu’il reste debout jusqu’à ce qu’ils atteignent la maturité et déterrent leur trésor. S’il s’était effondré, la nature de leur trésor aurait été mise à nu et le peuple en aurait eu connaissance.] »
Al-Khiḍr a dit :
(18 : 82) *« Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef.* [Je l’ai fait sous l’ordre de Dieu. La raison en est ce que je t’ai expliqué.] »
Il s’est ensuite séparé de Moïse.
À suivre inshaAllah
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974
Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, 37ème partie
Published in
Le Noble Coran



















