(18 : 52) *Et le jour où Il dira : « Appelez ceux que vous prétendiez être Mes associés ». Ils les invoqueront ; mais eux ne leur répondront pas, Nous aurons placé entre eux une vallée de perdition.*
C’est un troisième rappel de la réfutation manifeste du lien entre les polythéistes et leurs associés le Jour de la Résurrection. Il est ainsi confirmé qu’aucune des affirmations des polythéistes à leur sujet n’est vraie.
« *Et le jour où Il dira* » : Le sujet du verbe est Dieu, tel qu’il apparaît dans le contexte. Cela veut dire : « Mentionnez-leur le jour où Dieu leur dira : « Appelez ceux que vous prétendiez être Mes associés. Appelez-les mais ils ne vous répondront pas. Il sera alors évident que je n’ai pas d’associés. Si j’en avais, ils vous répondraient. » »
« *Nous aurons placé entre eux une vallée de perdition (_mawbiqan_)*. » _Mawbiq_ est un nom dérivé du verbe _wabaqa_ qui veut dire « il périt ». Ce segment signifie donc : « Nous placerons un lieu de perdition entre les polythéistes et leurs associés. » Les gens ont interprété ce _mawbiq_ ou lieu de perdition comme étant l’enfer ou un endroit dans l’enfer où les deux groupes – les polythéistes et leurs associés – périront. Cependant, en réfléchissant à Ses paroles, on ne peut pas soutenir cette interprétation. En effet, le verset utilise le mot « associés » pour désigner également les anges, certains Prophètes, et certains saints (_awliyāʾ_) – ils pourraient même être ceux qui sont principalement désignés par « associés ». Le pronom généralement utilisé pour désigner les êtres dotés d’un intellect est employé pour les désigner à plusieurs reprises, et rien ne prouve qu’il ne désigne que les djinns et les rebelles dans le contexte. On prétend que le fait qu’ils soient séparés est la preuve qu’il ne s’agit que des djinns et des rebelles, mais ce n’est que la première des nombreuses failles de ce raisonnement.
Placer un _mawbiq_ entre eux peut consister à défaire et à rompre le lien entre eux, alors qu’ils pensaient qu’il existait un lien de propriétaire à propriété et de cause à effet entre leurs associés et eux-mêmes. Il est fait allusion à cela en plaçant un _mawbiq_ entre eux, dans lequel le lien et la relation périssent sans qu’aucune des deux parties du lien ne périsse. Il y fait allusion de façon éloquente, d’abord en qualifiant leur interpellation de _nidā_ : « *Appelez ceux (nādoū) que vous prétendiez être Mes associés* ». _Nidāʾ_ (appeler) n’est employé que lorsque l’autre est très éloigné, ce qui prouve la distance qui les sépare.
Le même sens est évoqué ailleurs dans le Qour’an :
(6 : 94) *Nous ne vous voyons point accompagnés des intercesseurs que vous prétendiez être des associés. Il y a certainement eu rupture entre vous : ils vous ont abandonnés, ceux que vous prétendiez [être vos intercesseurs].*
(10 : 28) *Puis, Nous dirons à ceux qui ont donné [à Allah] des associés : « À votre place, vous et vos associés. » Nous les séparerons les uns des autres et leurs associés diront : « Ce n’est pas nous que vous adoriez ».*
(18 : 53) *Et les coupables verront le Feu. Ils sauront alors (_wa ẓannou_) qu’ils y tomberont (_mouwāqiʿouhā_) et n’en trouveront pas d’échappatoire.*
L’utilisation du mot « *coupables* » au lieu de « ceux qui ont associé d’autres (à Dieu) » indique qu’il s’agit d’une règle générale qui s’applique à tous les coupables. _Ẓannou_ signifie « ils sauront », dit-on, et cette interprétation est confirmée par la clause suivante « *et n’en trouveront pas d’échappatoire* ».
On dit que _mouwāqiʿouhā_ signifie qu’ils vont tomber dans le feu. Cependant, il ne serait pas surprenant que la chute se produise en deux temps : ils tomberont dans le feu lorsqu’ils y entreront, et le feu leur « tombera » dessus lorsqu’il sera alimenté par eux.
« *et n’en trouveront pas d’échappatoire (_maṣrifan_)* » : _Maṣrif_ est un nom de lieu dérivé de _ṣarf_ qui veut dire « se tourner » ; c’est-à-dire qu’ils ne trouveront pas de lieu vers lequel se tourner pour échapper au feu. Il n’y a pas d’échappatoire.
(18 : 54) *Et assurément, Nous avons déployé pour les gens, dans ce Qour’an, toutes sortes d’exemples. L’homme, cependant, est de tous les êtres le plus grand disputeur (_jadalan_).*
Quelque chose de similaire a été énoncé en 17 : 89. _Jadal_ signifie « discours » sous forme de dispute et de contestation. Les versets 18 : 54-59 menacent de punition après les rappels précédents.
(18 : 55) *Qu’est-ce qui a donc empêché les gens de croire (_youʾminoū_), lorsque le guide leur est venu, ainsi que de demander pardon (_yastaghfiroū_) à leur Seigneur, si ce n’est qu’ils veulent subir le sort des Anciens, ou se trouver face à face avec le châtiment ?*
Le mot _yastaghfiroū_ (demander pardon) est relié par la conjonction « ainsi que » à _youʾminoū_ (croire). Ce qui signifie donc : Rien n’empêchait les gens de croire et de demander pardon lorsque le guide leur est venu.
« … *si ce n’est qu’ils veulent subir le sort des Anciens* » veut dire « à moins qu’ils ne veuillent qu’on leur fasse ce qui a été fait aux peuples anciens, à savoir être détruits par un châtiment divin. »
Le segment « *ou se trouver face à face avec le châtiment* » est relié au précédent par la conjonction « ou » qui était lui-même relié à _youʾminoū_. Cela veut dire : « ou qu’ils veulent se retrouver face à face avec le châtiment et le voir ». Devenir des croyants ne les aidera pas à ce moment-là, car cela reviendrait à devenir des croyants après avoir été témoins du châtiment divin. Comme Il le dit :
(40 : 85) *Mais leur croyance, au moment où ils eurent constaté Notre rigueur, ne leur profita point.*
En bref, cela signifie que les gens ne cherchent pas à avoir une foi qui leur serait bénéfique. Ce qu’ils veulent, c’est être détruits par le châtiment divin, tout comme les anciens. Ils périront sans devenir croyants, ou, lorsqu’ils verront le châtiment, ils se mettront à croire par désespoir, mais leur croyance ne leur sera d’aucun bénéfice.
Le fait qu’ils aient été empêchés de croire et les conséquences qui en découlent (_iqtiḍāʾ_) selon le verset sont métaphoriques. Cela veut dire qu’ils se sont détournés de la vérité à cause de leur mauvaise intention. Ainsi, les efforts excessifs que les exégètes ont déployés pour expliquer et évaluer, soulever des arguments et les réfuter sont futiles.
(18 : 56) *Et Nous n’envoyons les Messagers que pour annoncer la bonne nouvelle et avertir. Et ceux qui ont mécru disputent avec de faux arguments, afin d’infirmer (_youdḥiḍou_) la vérité et prennent en raillerie (_wat-taqhazoū_) Mes versets ainsi que ce [châtiment] dont on les a avertis.*
Il s’agit dans ce verset de consoler le Saint Prophète (s) afin qu’il ne soit pas découragé par le rejet des gens et par le fait qu’ils tournent le dos au rappel de Dieu. Les Messagers n’avaient pour mission que de donner de bonnes nouvelles et des avertissements. Il n’y a pas de mal à ce qu’ils ne fassent pas plus que cela. Ce verset est un retour à ce qui a été dit au début du chapitre : « *Tu vas peut-être te consumer de chagrin parce qu’ils se détournent de toi et ne croient pas en ce discours !* » (18 : 6)
Ce verset constitue aussi une sorte de menace à l’égard des mécréants qui se moquent.
_Daḥḍ_ veut dire « périr » et _idḥāḍ_ désigne le fait de causer la perte ou l’assujettissement. _Houzoūʾ_ veut dire « se moquer ». Le nom verbal a le même sens que l’objet (la moquerie). Le sens du verset ne présente pas de difficulté.
(18 : 57) *Quel pire injuste que celui à qui on a rappelé les versets de son Seigneur et qui s’en détourne en oubliant ce que ses deux mains ont commis ? Nous avons placé des voiles sur leur cœur, de sorte qu’ils ne comprennent pas, et mis une lourdeur dans leurs oreilles. Même si tu les guides vers la bonne voie, jamais ils ne suivront le bon chemin dans ce cas.*
Ce verset fait état de la gravité et de l’énormité de leur méfait. On dit d’un méfait qu’il est puissant ou énorme, en fonction de la personne contre laquelle il est commis. S’il est commis contre Dieu et Ses transmissions, il est plus grand que tout autre méfait.
La clause « *en oubliant ce que ses deux mains ont commis* » montre que le Prophète (s) n’est pas perturbé par ceux qui se détournent de la vérité et qui se moquent de lui, car il sait que les transmissions sont vraies.
« *Nous avons placé des voiles sur leur cœur, de sorte qu’ils ne comprennent pas, et mis une lourdeur dans leurs oreilles.* » Cette phrase explique la raison pour laquelle ils tournent le dos aux transmissions de Dieu, en même temps que la raison pour laquelle ils oublient ce que leurs deux mains ont commis. Ce que le Livre entend par « *placé des voiles sur leur cœur » et « une lourdeur dans leurs oreilles* » a déjà été discuté à plusieurs reprises (voir ci-dessus).
« *Même si tu les guides vers la bonne voie, jamais ils ne suivront le bon chemin dans ce cas* » exprime le désespoir de voir ces personnes croire un jour, dès lors que Dieu a placé un voile sur leur cœur et leurs oreilles. Après cela, ils ne pourront plus être guidés par eux-mêmes et comprendre la vérité, ni être guidés par les autres en les écoutant et en les suivant. La preuve en est dans la phrase : « *Même si tu les guides vers la bonne voie, jamais ils ne suivront le bon chemin dans ce cas* » car elle met l’accent sur la négation et la complète avec _idhan_ (« *dans ce cas* ») qui est la conséquence et la réponse.
Roūḥ al-maʿānī dit :
« Les déterministes (_Jabriyya_) s’appuient sur ce verset comme preuve de leurs croyances, tandis que ceux qui croient au libre arbitre absolu (_qadariyya_) s’appuient sur le précédent. [Al-ʿĀloūssī] dit : « Il est rare dans le Qour’an de trouver un verset qui soutient l’une des croyances de ces deux groupes sans qu’un verset en faveur des croyances de l’autre groupe ne l’accompagne. Cela n’est rien d’autre qu’un test difficile que Dieu a imposé à Ses serviteurs pour distinguer les savants qui ont des bases solides en matière de connaissance et les adeptes. » »
*Remarque de l’auteur* : Les deux versions sont vraies. La conséquence inévitable de cela est la preuve que les serviteurs ont un libre arbitre dans leurs actions alors que Son autorité souveraine s’étend sur tout, y compris sur les actes des serviteurs. C’est la position doctrinale adoptée par les Gens de la Maisonnée (a).
À suivre inshaAllah ?
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974
Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, 30ème partie
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Le Noble Coran



















