(18 : 74) *Puis, ils partirent tous deux ; et quand ils eurent rencontré un enfant (_ghoulāman_), [l’homme] le tua. Alors [Moïse] lui dit : « As-tu tué un être innocent (_zakiyyatan_) qui n’a tué personne ? Tu as commis certes, une chose affreuse ! »*
Il y a quelques omissions ici par souci de concision. Le sens implicite est : « Ils débarquèrent donc du bateau et se mirent en route. »
_Fa qatalahou_ (il le tua), est relié à la conjonction _fa_, qui indique une séquence logique, à la phrase conditionnelle. _Qāla_ (il dit) est littéralement le résultat (apodose) de _idha_ (quand). Il apparaît ainsi clairement que ce qui importe ici est l’objection de Moïse et non la tuerie elle-même. Il en est de même pour le verset suivant : *« Ils partirent donc tous deux ; et quand ils furent arrivés à une ville habitée, … Alors [Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. » »* et contrairement au verset précédent : *« Alors les deux partirent. Et après qu’ils furent montés sur un bateau, l’homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit… »* C’est parce que le résultat (apodose) de _idha_ (après que = quand) dans le verset précédent est *« l’homme y fit une brèche »* et _qala_ (*« [Moïse] lui dit »*) est une nouvelle phrase qui fait suite à un point.
Ainsi, les versets sont agencés de manière à présenter une seule histoire dans laquelle Moïse a fait des objections à al-Khiḍr à trois reprises, l’une après l’autre et non sous la forme de trois objections faites au cours de trois histoires.
C’est comme si on disait : Telle chose a eu lieu et il a fait une objection, puis il a fait une objection encore, puis il a fait une objection à nouveau. Il s’agit du récit de ses objections et c’est donc une seule histoire, et non une histoire relatant les actions de l’un et les objections de l’autre, ce qui en ferait trois histoires.
Ainsi, la différence entre les trois versets devient manifeste : _kharaqaha_ (il fit une brèche) est le résultat (apodose) de _idha_ (après que = quand) dans le premier verset, alors que _qatalahou_ (il le tua), _fa wajada_ (ils trouvèrent) et _fa-aqama_ (il le redressa) ne sont pas le résultat (apodose) dans les deuxième et troisième versets. Ils font partie de la proposition conditionnelle, reliés à celle-ci par la conjonction _fa_.
*« As-tu tué un être innocent ? »* : Zakiyya veut dire « pur » dans le sens de « dépourvu de péchés » du fait qu’il n’a pas atteint l’âge adulte. C’est l’impression donnée par le mot _ghoulāmān_ (*« un garçon »*). Il s’agit d’une question rhétorique exprimant le reproche. C’est Moïse qui le dit.
_Bi-ghayri nafs_ (*« qui n’a tué personne »*) est métaphorique car le meurtre d’un mineur n’est pas une faute capitale. Il est possible de déduire de _bi-ghayri nafs_ qu’il était adulte car un adulte peut aussi être appelé un _ghoulām_. Interprété ainsi, le sens serait : « Avez-vous tué de manière injustifiée une personne innocente de tout crime capital ? Après tout, rien de ce que le _ghoulām_ (garçon) a fait ne le justifie. »
*« Tu as commis certes, une chose affreuse (_noukran_) ! »* : _Noukr_ désigne un crime contre la nature, quelque chose que la société n’a jamais connu. Faire un trou dans un bateau était considéré comme un _imr_, c’est-à-dire une calamité entraînant des malheurs, comme on n’en reverra jamais. Tuer une personne est un _noukr_ ou un _mounkar_, que les gens considèrent comme beaucoup, beaucoup plus grave que de faire un trou dans un bateau. Ce dernier provoque normalement des décès mais ne le fait pas aussi directement.
(18 : 75) *[L’autre] lui dit : « Ne t’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*
Le sens de ce verset est clair. L’ajout du pronom complément *« t’ »* dans *« Ne t’ai-je pas dit »* est une sorte de reproche qui lui est fait de ne pas avoir écouté ses instructions et une allusion au fait qu’il n’a pas écouté ce qu’il lui a dit dès le départ (*« tu ne pourras jamais être patient avec moi »*) ou alors, qu’il l’a écouté mais a cru qu’il ne le pensait pas vraiment, qu’il voulait dire autre chose. C’est comme s’il disait : « En disant « tu ne pourras pas », je voulais seulement dire toi, par opposition à toute autre personne. »
(18 : 76) *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse,] alors ne m’accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi. »*
Le pronom *« cela »* dans *« après cela »* fait référence à ce moment ou à la question. Autrement dit : « Si je te pose une autre question après ce moment ou après cette question, ne m’accompagne pas ou ne me laisse pas t’accompagner. »
_Qad balaghta min ladounnī_ veut dire : « Tu auras gagné une excuse et trouvé un moyen de t’excuser auprès de moi car ta responsabilité à mon égard aura touché à sa fin. »
(18 : 77) *Ils partirent donc tous deux ; et quand ils furent arrivés aux habitants d’une ville, ils demandèrent à manger à ses habitants ; mais ceux-ci refusèrent de leur donner l’hospitalité. Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s’écrouler. L’homme le redressa. Alors [Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer (_la ttakhadhta_) pour cela un salaire. »*
Les mêmes remarques sont valables pour les segments *« Ils partirent donc tous deux »*, *« mais ceux-ci refusèrent »*, *« ils y trouvèrent »* et *« L’homme le redressa »* que pour les segments *« Puis ils partirent tous deux »*, et *« [il] le tua »*.
_Istaṭʿamā ahlahā_ (*« ils leur demandèrent à manger »*) est adjectif du mot *« ville »*. _Istaṭʿamāhoum_ n’est pas employé à cause de la vulgarité du langage _qari-yatan istaṭʿamāhoum_ (une ville à laquelle ils ont demandé à manger) contrairement à _atā qariyatan_ (lit. ils sont arrivés) dans le sens de _ata ahla qariyatin_ (ils sont arrivés aux gens d’une ville) parce qu’on peut atteindre une ville et il est permis, métaphoriquement, de dire « ville » pour désigner en réalité les gens d’une ville. Cela n’est pas vrai quand il s’agit de demander à manger car c’est une demande qui ne peut être faite qu’aux gens d’une ville. Ainsi, *« ses habitants (_ahlaha_) »* n’est pas une occurrence de clarification explicite de quelque chose qui pourrait être dit tout aussi bien avec un pronom.
Le Qour’an ne dit pas : « Ils partirent donc jusqu’à atteindre une ville » car cela désignerait littéralement la ville ; le but principal - comme le lecteur le sait déjà - dépend du résultat (apodose), c’est-à-dire : *[Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. »* Cela fait référence à un paiement qui ne peut venir que des gens et non de la ville elle-même. Le segment *« ils furent arrivés aux habitants d’une ville »* prouve qu’il a redressé le mur en présence des habitants de la ville. C’est ce qui rend « réclamer d’eux un salaire » ou « réclamer un salaire de ses habitants » redondant.
_Istiṭʿam_ veut dire demander à manger en tant qu’invités. C’est pourquoi le Qour’an dit : *« mais ceux-ci refusèrent de leur donner l’hospitalité. »*
*« Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s’écrouler (_an yanqaḍḍa_) »* : _Inqiḍāḍ_ veut dire « tomber ». Il est donc utilisé ici métaphoriquement pour dire « sur le point de tomber et de s’écrouler ».
*« L’homme le redressa (_Fa-aqāmahou_) »* : Al-Khiḍr l’a renforcé en le rétablissant mais Dieu ne dit pas comment est-ce qu’il l’a redressé – par le biais d’un miracle, de travaux de construction ou la pose de renforts. Mais, au vu de ce que dit Moïse (*« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire »*), on a l’impression qu’il ne s’agit pas d’un miracle, car on demande habituellement un salaire pour quelque chose qui ne relève pas du miracle.
*« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire »* : _Takhadha_ et _akhadha_ veulent dire la même chose. Le pronom « cela » fait référence à _iqāma_ (redresser) que nous avons dans _fa-aqāmahou_ (*« L’homme le redressa »*). Il s’agit d’un nom verbal qui peut être masculin comme féminin. D’après le contexte, ils avaient faim. Ainsi, Moïse parle de salaire à Al-Khiḍr car s’il l’avait réclamé, ils auraient pu s’acheter à manger et assouvir leur faim.
À suivre inshaAllah
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974
Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, 35ème partie
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Le Noble Coran



















