(18 : 62) *Puis, lorsque tous deux eurent dépassé [cet endroit,] il dit à son serviteur : « Apporte- nous notre déjeuner (_ghada’_), car nous sommes fatigués (_nasṣaban_) après un tel voyage. »*
Majmaʿ al-bayān dit :
« _Nasṣab_, _wassab_, et _tiʿb_ sont tous des synonymes désignant la faiblesse suite à l’effort. _Ghadaʾ_ désigne ce qui est mangé comme repas du matin. Cela montre que c’était pendant la journée. »
Ce que cela veut dire, c’est qu’une fois qu’ils ont dépassé le confluent des deux mers, Moïse a dit à son serviteur d’apporter leur repas du matin - le poisson qu’ils avaient amené avec eux afin qu’ils puissent le manger, fatigués qu’ils étaient par leur voyage.
(18 : 63) *[Le serviteur lui] dit : « Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu, j’ai oublié le poisson - Shaytan seul m’a fait oublier de [t’]en parler - et il a merveilleusement pris son chemin dans la mer. »*
Cela fait référence au moment où ils avaient atteint le point de rencontre des deux mers et qu’ils y sont restés, puisqu’il y avait là un rocher, comme le prouve la clause précédente, « *qui reprit alors librement son chemin dans la mer* ». Comme mentionné auparavant, cela s’est passé au confluent des deux mers. Il dit à Moïse : « Nous n’avons rien à manger comme déjeuner, car notre repas était censé être le poisson. Cependant, il est revenu à la vie, est entré dans la mer, et s’en est allé lorsque nous sommes arrivés à l’endroit où les deux mers se rejoignent et que nous nous sommes réfugiés sur le rocher qui se trouvait là. J’ai oublié de t’en parler. »
« *Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu* » : fait référence au refuge près du rocher et au fait qu’ils soient restés pour se reposer un instant à cet endroit.
La clause « *j’ai oublié le poisson* » veut dire : « j’ai oublié l’état du poisson dont j’ai été témoin et je ne t’en ai donc pas parlé ». La preuve, d’après certains, se trouve dans la clause « *Shaytan seul m’a fait oublier de [t’]en parler* », car _an adhkourahou_ (« *de t’en parler* ») est en apposition au pronom dans _anssānīhou_ (« *m’a fait oublier* »). Le sens sous-jacent est : « Rien d’autre que Shaytan m’a fait oublier de te parler du poisson. » Il n’a pas oublié le poisson lui-même, mais il a oublié de parler de son état dont il a été témoin à Moïse.
Il n’y a aucun mal à ce que le serviteur attribue son oubli au Shaytan, même si le serviteur était Josué b. Noūn, le Prophète - divinement protégé comme le sont les Prophètes par le Shayṭān - car ils sont protégés de ce qui résulte de la désobéissance. Pour ce qui est de la simple gêne causée par Shaytan et qui n’est pas due à la désobéissance, rien ne prouve que ce ne soit pas le cas ici. Dieu dit :
(38 : 41) *Et rappelle-toi Job, Notre serviteur, lorsqu’il appela son Seigneur : « Le diable m’a infligé détresse et souffrance ».*
La clause « *et il a merveilleusement (_ʿajaban_) pris (_wa-ttakhadha_) son chemin dans la mer* » dit en gros : « et il a pris son chemin dans la mer - une prise merveilleuse (_ittikhadhan ʿajaban_) ». _ʿAjaban_ (merveilleux) est un adjectif qui se trouve à la place du nom qu’il décrit, _ittikhadhan_ (une prise). Le substantif sous-entendu, _ittikhadhan_, est un objet absolu.
Autrement, on dit que la clause « et il a pris son chemin dans la mer » est ce qu’a prononcé le serviteur et « merveilleux » (_ʿajaban_) est ce que répond Moïse. Toutefois, le contexte du verset rejette cette interprétation.
(18 : 64) *[Moïse] dit : « Voilà ce que nous cherchions (_kounnā nabghi_). » Puis, ils retournèrent sur leurs pas (_fartaddā_), suivant (_qasṣasṣan_) leurs traces (_āthārihim_).*
_Baghy_ veut dire « chercher ». _Irtidād_ veut dire « retourner au début ». _Āthārihim_ désigne leurs pas. Qasṣaṣ veut dire « suivre une piste ». Tout cela signifie que Moïse a dit : « Ce qui est arrivé – l’épisode du poisson – est ce que nous cherchions. » Ils sont donc revenus sur leurs pas en les suivant.
« *Voilà ce que nous cherchions* » montre que Moïse avait reçu l’ordre par la révélation de rencontrer le savant au confluent des mers. Le repère de l’endroit où il le trouverait et le rencontrerait était ce qui s’était passé – l’épisode du poisson, soit précisément son retour à la vie et son départ dans la mer, soit, en termes vagues et généraux, par exemple, la perte du poisson, son retour à la vie, le retour des morts à la vie ou quelque chose de semblable. C’est pourquoi, lorsque Moïse a entendu ce qu’il a entendu de son serviteur – l’épisode du poisson – il a dit ce qu’il a dit, ils sont retournés à l’endroit qu’ils avaient quitté et ont trouvé « *l’un de Nos serviteurs* ».
(18 : 65) *Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous.*
Chaque bénédiction est une miséricorde de Sa part. Cependant, les causes naturelles jouent un rôle et agissent sur certaines d’entre elles comme les différents types de bénédictions apparentes. Dans d’autres, les causes naturelles ne jouent aucun rôle comme les bénédictions ésotériques telles que la prophétie, les différentes branches et niveaux de tutelle (_wilāya_). Préciser que la miséricorde vient « de Notre part » - ce qui signifie vraisemblablement qu’il s’agit d’un don de Sa part, qui n’est le fait de personne d’autre - donne l’impression qu’il s’agit d’une bénédiction du second type, c’est-à-dire d’une bénédiction ésotérique.
Le fait que la tutelle, dans son sens véritable, n’appartienne qu’à Lui - comme dans le verset « *C’est Allah qui est Le Seul Maître* » (42 : 9) - et que la prophétie nécessite des anges nobles ayant un rôle à jouer, par exemple, dans la révélation, conforte les exégètes dans leur interprétation des mots « *une grâce, de Notre part* » comme se référant à la prophétie. Cela est dû à l’utilisation de la première personne du pluriel par opposition à la première personne du singulier qui indique la prophétie par opposition à la tutelle. Mais Dieu sait mieux.
« …*à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous* » se réfère à une connaissance qui apparaît comme une bénédiction émanant de Lui et qui n’est pas liée aux causes normales comme le pressentiment ou la pensée et qui peut être acquise. La preuve de cela se trouve dans l’expression « *émanant de Nous* ». Ainsi, il s’agit d’une connaissance octroyée et non acquise exclusive à Ses amis (_awliyāʾ_). Le dernier verset du récit indique qu’il s’agissait d’une connaissance sur la manière d’interpréter les événements.
À suivre inshaAllah
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974
Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, 33ème partie
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Le Noble Coran



















